Conformité calamiteuse

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente »
(Saint Exupéry, Lettre à un otage).

« La confiance en soi libère de la conformité » (Emerson, Self-Reliance).

La conformité est la mort de l’âme.

Copie formée,
Copie qu’on forme,
Copie fermée,
Copie conforme,
Il y a dans ces conformités,
Peu de réformes.
Choses ordinaires,
Choses qui dorment,
Qui enferment,
Ou qui ronronnent,
Il y a dans ces termes,
Peu de réformes.
Opinion majoritaire,
Opinion con-forme,
Auquel on adhère,
Ou qu’on nous forme,
Il y a dans ces filières
Peu de réformes.
Pensées inconscientes,
Pensées sans causes,
Sciences sans conscience,
Ou sous hypnose,
Il y a dans ces fréquences
Peu de réformes.
Au delà de nos coutumes
De nos croyances et religions,
Au regard de nos habitudes
Et de nos conventions,
N’y a t-il pas dans nos attitudes
Une forme involontaire d’exclusion?
Face à cette lignée de conformité,
Académique, traditionaliste,
Conservatrice ou éprise de normalité,
Ne faudrait-il pas lâcher prise
Et prendre conscience de nos excès
Pour mieux lutter contre le conformisme ?
         (Jean-Stéphane Bozzo, Conformisme).

Non violence : non cooperation with injustice

This week, a woman from Kiev had a vision in a dream: in a war-torn city, she is looking for her family. Jesus comes closer to her and she asks him to give her a hand. Jesus, from the cross, replies: “You cannot do both things together; you cannot crucify me and at the same time ask for my help. You have to choose one or the other.”
When this person woke up from the vision, she told everyone around her that she had decided to choose what is essential. The Apostolic Nuncio in Kiev shared this witness on March 11, 2022.

Choose what is essential: “You won’t kill,” even if others do.

Non-violence chooses what is essential: if all the inhabitants of a country decide to hold hands in order not to cooperate with the invader, the latter will not be able to subdue them and profit from their violent assaults, all the more so if billions of humans on the planet also hold hands with them, from where they are. Weapons do not make the greatness and heroism of a person, of a nation, but here is what does: 1) their courageous determination not to cooperate with the injustices of which it is aware (and war is one of them), 2) their ability to understand and recognize the profound truth of each party, 3) the art of creating an agreement that takes it into account: a framework of law, authentic communication and effective negotiation, for a just peace. Stay on course.

When everyone is holding hands,
what can the Evil One do?

Tabou levé

Est-il tabou de toucher au mot tabou ? C’est en tous les cas un des rares mots qui signifient la même chose dans toutes les langues. What about tabou (anagrammes !) ? C’est un mot polynésien qui désigne les interdits sacrés. Le terme est parvenu à l’ensemble des humains via les carnets de voyage du capitaine Cook : sous l’influence des missionnaires chrétiens, la reine Elizabeth Kaahumanu a eu le courage, à la mort de son époux, en 1819, de lever le tabou interdisant les femmes de manger avec les hommes lors d’un banquet. Sa manière à elle d’honorer la mémoire de son époux sans laids poux !

De la guerre juste à la guerre sainte puis à la croisade

 Comment on passe
de la guerre juste 
à la guerre sainte
puis à la croisade ?
1) Au XIème siècle, les expéditions militaires étaient essentiellement un acte de solidarité de l’Occident à l’égard des frères d’Orient, menacés par l’expansion turque : une guerre justifiée par la Realpolitik, un moindre mal nécessaire pour des raisons géostratégiques.
2) Au gré de l’escalade des violences, c’est devenu une guerre sainte : en mourant dans les combats, vous devenez des martyrs de la foi chrétienne que vous protégez contre l’Islam.
3) Le terme de croisade n’apparaît qu’à la fin pour renforcer la justification de la violence : tuer et être tué devient méritoire ; cela assure le salut de votre âme.
X leçons du XIème siècle pour le XXIème siècle ?

Dans la guerre 40-45, « jamais dans son histoire l’homme n’a tant rivalisé avec le diable ni tant donné de leçon à l’enfer » (André Malraux).

La voie de résolution dans l’impasse Ukraine-Russie

L’impasse actuelle en Ukraine a des points de ressemblance avec la guerre que se menaient les Égyptiens et les Israéliens dans les années 70. Israël avait envahi le Sinaï, territoire égyptien, en riposte aux attaques arabes, et l’occupait par les armes pour se prémunir de toute attaque surprise des avions de chasse arabes.

Tant que le débat se résumait à déterminer qui va occuper le Sinaï, les pourparlers étaient complètement dans l’impasse, aucune des parties n’acceptant de perdre ! L’Égypte exigeait de recouvrer son entière souveraineté nationale sur le Sinaï. Pour elle, ce point est non négociable. Mais la sécurité l’est tout autant pour Israël !

L’impasse est dans le soit…, soit… : SOIT Israël continue d’occuper le Sinaï, SOIT l’Égypte le récupère. La solution est dans un ET…, ET… : comment faire pour que l’intégrité nationale de l’Égypte soit restaurée ET la sécurité israélienne garantie.  

En 1978, Jimmy Carter invite à Camp David les Égyptiens et les Israéliens, où ils passent plusieurs jours. Les médiateurs ont travaillé séparément avec chaque délégation, en se concentrant sur l’explicitation de ses intérêts. Ils en vinrent ainsi à négocier sur les intérêts légitimes et non sur les positions intransigeantes, en se demandant comment faire pour que l’intégrité nationale de l’Égypte soit restaurée et la sécurité israélienne garantie. Cette manière de formuler le problème ouvrit un processus de négociation sans perdant. Dans l’accord signé à Camp David, le Sinaï est retourné entièrement à l’Égypte et la sécurité d’Israël a été assurée par une vaste zone démilitarisée à la frontière et des dispositifs d’alerte rapide, au moyen des radars sophistiqués déployés par les forces des Nations Unies. Ceci est extrait de mon livre La méthode C-R-I-T-E-R-E pour mieux gérer nos conflits, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 275.

Plus la guerre tuera de personnes et détruira à tous les niveaux, plus les belligérants calculeront leurs progrès non pas selon leurs gains mais selon les pertes infligées à l’ennemi, plus ils s’éloigneront de ce processus de résolution Win-Win et plus il faudra du temps et de l’énergie pour revenir à ce processus incontournable d’honorer les besoins profonds et légitimes des parties.

Choisir l’essentiel : « Tu ne tueras pas », même si les autres le font

Une habitante de Kiev a eu cette semaine une vision dans un rêve : dans une ville détruite par la guerre, elle cherche sa famille. Jésus se rapproche d’elle et celle-ci lui demande de lui donner un coup de main. Jésus, de la croix, répond : « Tu ne peux pas faire les deux choses ensemble ; tu ne peux pas me crucifier et en même temps demander mon aide. Tu dois choisir : l’un ou l’autre. »

Quand cette personne s’est réveillée, après cette vision, elle a dit à tout son entourage qu’elle avait décidé de choisir l’essentiel. C’est le nonce apostolique à Kiev qui partage ce témoignage ce 11 mars 2022.


Choisir l’essentiel : « Tu ne tueras pas », même si les autres le font.


La non-violence choisit l’essentiel : si tous les habitants d’un pays décident de se tenir la main pour ne pas coopérer avec l’envahisseur, celui-ci ne pourra pas les soumettre et tirer profit de ses agressions violentes, d’autant plus si des milliards d’humains de la planète leur tiennent aussi la main, de là où ils sont. Ce ne sont pas les armes qui font la grandeur et l’héroïsme d’une personne, d’une nation, c’est 1) sa fermeté courageuse à ne pas coopérer aux injustices dont elle a conscience (et la guerre en fait partie), 2) sa capacité à comprendre et à reconnaître la vérité profonde de chaque partie, 3) l’art de créer un accord qui en tienne compte : cadre de droit, communication vraie et négociation efficace, pour une paix juste. Ne pas perdre le cap.

L’économie au service du bien commun

« L’économie n’est ni au service de la propriété privée et des intérêts individuels, ni au service de ceux qui voudraient utiliser l’État pour imposer leurs valeurs ou faire prévaloir leurs intérêts. Elle récuse le tout-marché comme le tout-État. L’économie est au service du bien commun, elle a pour objet de rendre le monde meilleur. À cette fin, elle a pour tâche d’identifier les institutions et les politiques qui promouvront l’intérêt général. Dans sa recherche du bien-être pour la communauté, elle englobe les dimensions individuelle et collective du sujet. Elle analyse les situations où l’intérêt individuel est compatible avec cette quête de bien-être collectif et celles où au contraire il constitue une entrave » (Jean Tirole, Économie du bien commun, 2016).

Je souhaite à chacun.e de nous du discernement dans cette tâche d’identifier et de contribuer aux institutions et aux politiques, autour de nous, qui rendent davantage l’économie au service du bien commun. Bon choix de vote présidentiel aux Français !

Pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté

« Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » (Alain, Propos sur le bonheur, 1928).

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. […] Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté » (traduction littérale de l’italien : phrase d’Antonio Gramsci, extraite d’une lettre à son frère Carlo écrite en prison, le 19 décembre 1929 et reprise dans Cahiers de prison, 1948).

Antonio Gramsci se dit inspiré par Romain Rolland : « La conception socialiste du processus révolutionnaire est caractérisée par deux traits fondamentaux que Romain Rolland a résumé dans son mot d’ordre : pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté » (Antonio Gramsci, Discours aux anarchistes, dans Ordine Nuovo, 3-10 avril 1920).

Portés et soutenus

« Même dans ces moments où tu es à terre, où tu ne sens rien d’autre qu’argile contre terre noire, tu n’es jamais seul. Tu as des milliers d’ancêtres puissants derrière toi, ceux qui ont traversé la vie sauvage et les terres désolées, les chagrins et les épreuves, et qui marchent avec toi maintenant ; ceux qui te portent dans l’étreinte noueuse et nouée de l’Arbre de Vie, et qui déposent une sombre graine de promesse dans tes cellules endormies.
Entends leurs voix fières. Leurs rêves et leurs conseils sont comme un clair de lune. Sens leurs mains aimantes te soulever des bords du désespoir, de la douleur ou de l’égarement, et t’amener à la clarté.
Écoute leur message : c’est le voyage qui est important, le chemin se fait en marchant, c’est là qu’est ta bonne étoile. Ainsi te remettent-ils doucement sur pied, …et dans la vie que tu es venu vivre ici » (Rachel Alana).

« Le témoignage des moines de Tibhirine est un acte fondateur qui inscrit en lettres de feu la non-violence dans la trame de notre histoire » (http://www.non-violence-mp.org/muller/HTML/tibhirine.htm).