Voici le début d’un de mes principaux articles : ‘Réussir une mobilisation collective est un art qui s’apprend’, disponible ici : https://etiennechome.site/df/. Cet article fournit la méthodologie et les moyens concrets pour un profond changement politique de la base vers le haut : comment mobiliser la foule des « gens de bonne volonté » autour d’une action collective pour plus de justice sociale ? Comment ensemble faire tomber une injustice ? C’est un séminaire que j’anime régulièrement.
Pour organiser une mobilisation collective, ma pratique de formateur en gestion des conflits m’a conduit à dégager trois types de compétences qu’il importe à mes yeux d’apprendre à d’abord bien distinguer, ensuite réarticuler :
1) Par « Communication Vraie » (que j’abrège par CV), je désigne la compétence qui gère le processus relationnel et communicationnel d’une campagne d’actions. Elle construit une force collective et en organise la cohésion. Elle est le moteur de la bataille pour gagner les cœurs et les esprits, pour impliquer l’opinion publique dans la cause défendue.
2) Par « Négociation Efficace » (que j’abrège par NE), je désigne la compétence d’organiser la stratégie pour parvenir à l’objectif fixé. Elle conçoit et met en œuvre les moyens de pression de nature politique, économique et culturelle qui vont donner plus de poids à ceux qui subissent l’injustice et rendre possible une véritable négociation.
3) La compétence « Cadre de Droit » (que j’abrège par CD) est nécessaire pour identifier précisément où est l’injustice, analyser en quoi elle consiste et définir par quoi la remplacer. C’est l’idée du programme alternatif : pas seulement contester l’injuste que l’on ne veut pas, mais préciser le juste que l’on veut, en le mettant déjà en œuvre à petite échelle.

Je place ces trois compétences au cœur du cadre conceptuel mis en illustration, dont l’intérêt est de clarifier les ingrédients et les enjeux d’une campagne d’action :
La ligne horizontale en haut du schéma représente la tension entre la recherche de la justice et la sauvegarde de la paix. Une stratégie révolutionnaire est d’autant plus à gauche de cette ligne qu’elle justifie sa violence (« la fin justifie les moyens »). Une stratégie de réforme en douceur est d’autant plus à droite de cette ligne qu’elle est complice du maintien des injustices, compromise avec les Pouvoirs établis. La solution n’est pas de trouver un équilibre quelque part au milieu de cette ligne horizontale, car elle est gangrénée par le pouvoir que nous exerçons « sur » eux (à sa gauche) ou du pouvoir que nous subissons « sous » eux (à sa droite). Les pensées coincées sur cette horizontale enferment le débat dans des dilemmes tronqués entre justice et paix. Nos stratégies et nos paroles gagnent plutôt à passer au crible critique des deux barres verticales du schéma.
Les flèches obliques de gauche (rouge et bleue) désignent l’opération d’extraire la part de vérité et la part d’erreur de la lutte déterminée contre les inégalités : en expurger les options violentes d’attaquer les personnes profitant des injustices, options par lesquelles, hélas, plus il y a du changement, moins il y a de réel progrès. Les flèches obliques de droite (bleue et rouge) extraient la part de vérité et la part d’erreur du désir de paix et d’harmonie sociale : en expurger les réflexes de passivité complice de la domination de certains sur la majorité silencieuse victime de l’injustice. Il n’y a pas à choisir : SOIT la justice, SOIT la paix. Il y a trois plans à distinguer puis à articuler, un triple « ET » à réussir : ET le respect des personnes (CV), ET le respect de la justice (CD), ET la prise au sérieux des intérêts divergents par un processus qui tire des accords des désaccords (NE). Tout groupe d’action gagne à étudier comment il parviendra à remplacer ses pouvoirs « sur » les puissants nantis (vider la colonne de gauche DOMination) ou « sous » eux (vider la colonne de droite PASSivité) par des pouvoirs « pour » plus de justice (CD-NE) et « avec » le maximum d’acteurs possible (CV), en impliquant tous ceux qui auront saisi que leur intérêt bien compris est de jouer un jeu de société équitable, schématisé par l’espace intérieur de ce cadre conceptuel.








