Créativité et proactivité, tout le monde peut les vivre !

Il y avait, dans un village, un homme modeste qui avait un très beau cheval. Le cheval était si beau que les seigneurs du château voulaient le lui acheter, mais il refusait toujours : « Ce cheval est mon ami. Un ami ne peut être vendu ».

Un matin, il se rend à l’étable et le cheval n’est plus là. Ses voisins lui disent : « On te l’avait bien dit ! Tu aurais mieux fait de le vendre. Maintenant, on te l’a volé… Quelle malchance ! » « Chance, malchance, qui peut le dire ? », se demanda le vieil homme. Et tout le village se moqua de lui.

Le cheval revient 15 jours plus tard, avec toute une horde de chevaux sauvages. Il s’était échappé pour séduire une belle jument et rentrait avec le reste de la horde. « Quelle chance ! », s’exclament les villageois.

Le vieil homme et son fils se mettent au dressage des chevaux sauvages. Mais une semaine plus tard, son fils se casse une jambe à l’entraînement. « Quelle malchance ! », disent ses amis. « Comment vas-tu faire, toi qui es déjà si pauvre, si ton fils, ton seul support, ne peut plus t’aider ? » Le vieil homme répond : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »

Quelques temps plus tard, l’armée du seigneur du pays arrive dans le village, et enrôle de force tous les jeunes gens disponibles. Tous, sauf le fils du vieil homme, qui a sa jambe cassée. « Quelle chance tu as. Tous nos enfants sont partis à la guerre et toi, tu es le seul à garder avec toi ton fils. Les nôtres vont peut-être se faire tuer… »

Le vieil homme répond : « Chance, malchance, qui peut le dire ? »

Chance ou malchance, qui peut le dire ?  
Créativité et proactivité, tout le monde peut les vivre !

Mobutu paya en monnaie de singe

À la fin de son règne, Mobutu Sese Seko faisait venir d’Ostende des avions remplis de ce nouveau billet de cinq millions de Zaïre, qu’il faisait descendre dans la population par toutes les personnes complices de son régime corrompu, notablement par la solde des militaires.  La population appelait ce nouveau billet « MOKOMBOSO », qui désigne en lingala un singe de la famille des chimpanzés. Un refus de masse a pu être organisé, notamment au départ à partir de petits groupes engagés dans la désobéissance civile non-violente. Ainsi, après s’être concertées, toutes les mamans d’un même marché adoptaient la même attitude, face aux militaires y venant acheter quelque chose avec ce nouveau billet de banque : « Mon fils, ce billet n’est pas valable, je n’en veux pas. Tiens, prends ces légumes sans payer cette fois, et reviens la prochaine fois avec d’autres moyens de paiement ». Touché dans sa conscience, le soldat revenait à la caserne et touchait à son tour la conscience de son supérieur, qui lui-même faisait remonter le refus de la population d’être payée en monnaie de singe…

Tendre l’autre joue, c’est aimer son prochain ET être lucide sur les injustices du système ET organiser une non-coopération collective mettant efficacement des bâtons dans les roues d’un point précis de ce système injuste.

Poèmes pour extraire les bleus sous ma peau et créer du lien

« J’ai été condamné à une peine de trente ans de prison, dont vingt ans de sûreté. Les dix premières années que j’ai passées derrière les barreaux ont été terribles. J’étais un enragé. Dans ce désert, j’ai trouvé l’écriture et la poésie. Elles m’ont servi de boussoles, m’embarquant pour de longs voyages, jetant des passerelles vers l’autre. Lire, écrire et créer en prison, c’est survivre. Je me suis découvert un cerveau à 52 ans. J’ai réussi à sortir de tout cela grâce aux mots, qui m’ont permis d’EXTRAIRE LES BLEUS SOUS MA PEAU. J’ai déclamé un poème que j’avais rédigé lorsque j’étais à l’isolement et cela m’a révélé. En 2016, j’ai reçu un premier prix de poésie à la Sorbonne. Quand j’ai vu mon nom à côté de ceux de grands auteurs, les Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, je ne l’ai pas cru. Mais j’ai compris que j’avais une sensibilité qui touchait les gens. EN ÉCRIVANT DES POÈMES, JE CRÉAIS DU LIEN EN PRISON » (Khaled Miloudi). Vient de sortir son livre Les couleurs de l’ombre.

Rire tris-mal : qui est très aigu, qui a la caractéristique d’un grincement de dent, d’un trisme (mot construit par Arthur Rimbaud dans son poème Comédie en trois baisers).

Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un long rire tris-mal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Une risure de cristal…
(Arthur Rimbaud, 1895).

Patience, pas science…

« Les patiences accumulées, comme les rivières endiguées, produisent les plus grands débordements. […] Dieu ne demande pas de la patience à ceux qui en ont, mais bien à ceux qui n’en ont pas » (Anne Barratin).

« Il n’y a rien dont la patience ne vienne à bout quand elle est secondée de la persévérance » (Tite-Live). « Avec du temps et de la patience, une souris coupe un câble » (Alphonse Esquiros).

« Une longue patience enveloppe les choses et le sang, plus sûrement que du lierre » (Christian Bobin).

« La patience est la clef de la jouissance » (Abu Shakour).

Entrer en société

« Être capable de communier avec les autres êtres par une activité nue et dépouillée qui, en nous arrachant à nous-même, nous donne accès à la totalité du réel, dont l’existence individuelle nous avait d’abord séparés.

Tout homme qui prétend garder quelque chose pour lui seul se forge à lui-même sa propre solitude.

Connaître l’extrémité de la pauvreté, en s’ouvrant sur la totalité du monde avec un cœur pur et des mains libres, pour connaître l’extrémité de la richesse qui nous permet à chaque instant, en abolissant en nous toute arrière-pensée, d’entrer réellement en société avec tous les êtres que Dieu met sur notre chemin » (Louis Lavelle, Tous les êtres séparés et unis, 1940, début de la deuxième guerre mondiale il y a 82 ans).

L’art mûr passe l’armure

« Les œuvres d’art ont quelque chose d’infiniment solitaire, et rien n’est aussi peu capable de les atteindre que la critique. Seul l’amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles— c’est à vous mêmes, à ce que vous sentez, qu’il est bon de vous fier, contre toutes ces analyses, ces comptes rendus ou introductions. Quand bien même vous auriez tort, c’est la croissance naturelle de votre vie intérieure qui vous amènera lentement, avec le temps, à d’autres conceptions » (Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète).

Se confronter à d’autres façons de vivre vivifie

« Le jour entra dans la nuit comme une goutte de lait dans un café noir. […] La pluie ne s’arrêtait plus de tomber. Et la Seine de monter. Sur les berges, des roseraies de parapluies fleurissaient en accéléré. Ambiance défilé de mode en bottes de pluie. Tout le monde voulait voir le fleuve sortir de son lit. Oubliée, Notre-Dame. La nouvelle star, c’était la Seine ! […] Rien n’est plus sexy que le cerveau d’une fille avec de l’humour dedans. Les seins, les fesses, la bouche sont des amuse-gueules délicieux, mais le partenaire des longues aventures, c’est l’humour » (Mathias Malzieu, Une sirène à Paris).

« L’intolérance en prendrait un sacré coup si tout le monde avait la chance de voir autre chose que son pré bien trop carré. Se confronter à d’autres façons de vivre vivifie » (Mathias Malzieu, Journal d’un vampire en pyjama).

Que voir ? Que croire ?

« Je ne peux pas concevoir un monde qui s’en tient juste à ce qu’on en voit » (Jean Rouaud).

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit prince).

« Les affects invisibles que les parents transmettent aux enfants sont nettement plus importants que les visibles. […] L’atmosphère impalpable est beaucoup plus puissante que celle que l’on voit. C’est pour cette raison que Jung n’a jamais beaucoup abordé la pédagogie. Il soutenait que ce que l’on dit ou fait avec les enfants importe peu. Ce qui compte, c’est d’être soi-même sain afin qu’une atmosphère saine et positive émane de soi. Peu importe alors ce que vous dites aux enfants : de toutes manières, ils n’écoutent pas. Ils réagissent à ce qui se trouve à l’arrière-plan. Les enfants nagent encore, pour ainsi dire, dans l’inconscient, dans l’atmosphère d’une situation, et c’est à cela qu’ils réagissent » (Marie-Louise von Franz, La Voie des rêves).

Dans Les yeux d’Hubert : l’art de l’observation scientifique avant l’émergence du positivisme, Patrick Singy montre que l’observation scientifique au sens moderne est le produit du positivisme du 19ème siècle : ni universel ni éternel !

Il cite Alexandre Pope, Essay on Man, 1732, poète qui chante à sa façon l’art d’observer :
“The bliss of man (could pride that blessing find)
Is not to act or think beyond mankind ;
No powers of body or of soul to share,
But what his nature and his state can bear.
Why has not man a microscopic eye ?
For this plain reason, man is not a fly.
Say what the use, were finer optics giv’n,
To inspect a mite, not comprehend the heav’n ?
Or touch, if tremblingly alive all o’er,
To smart and agonize at ev’ry pore ?”

La fille de l’air : origine

Lorsqu’une personne prend la fuite, on dit qu’elle joue « la fille de l’air ». L’expression s’est imposée lors du succès d’une pièce de théâtre du même nom, en 1837. Son héroïne, Azurine, est la fille du roi des génies envoyée sur terre pour s’aguerrir au contact des hommes. En laissant un paysan s’emparer de son cœur, elle perd ses ailes et est condamnée à rester sur terre. Elle se morfond dans ce mariage avec un terrien, jusqu’au happy end : par l’aide d’un de ses amis, la fille de l’air trouve le talisman par lequel elle peut enfin s’éclipser et regagner son royaume.