« De la Vie éternelle, je ne sais pas grand-chose, sinon que plus jamais l’homme ne sera loup pour l’homme. L’homme plus jamais n’accablera, ne jugera, n’humiliera son frère ; l’Absolu rassasiant notre cœur, nous verrons partout ses reflets. De la Vie à venir, je ne sais pas grand-chose, sinon que notre corps ne saura plus gémir. Plus jamais cette angoisse qui nous étreint à la gorge. Les longues nuits avec ces cruels souvenirs de trop de grands bonheurs perdus, les nuits qui n’en finissent pas… « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux… », « De mort, il n’y en aura plus… », « Car l’ancien monde s’en est allé ». De la Vie qui viendra, je ne sais pas grand-chose, sinon que la douceur aura gagné sur la violence. Le fort n’écrasera plus le faible… Il n’y aura plus de faibles ! Les hommes se déclareront la Paix. « L’enfant jouera sur le trou du cobra ». Chacun s’enchantera de la différence de l’autre, les parcelles de vérité, comme un puzzle achevé, seront réconciliées. « Les grandes eaux ne pourront éteindre l’Amour, ni les fleuves le submerger ». De la Vie qui t’attend, je ne sais qu’une chose… Dieu sera tout, en tous ; l’Amour sera tout pour chacun. L’homme aura retrouvé la passerelle qui mène au cœur de son frère et qui a nom Esprit Saint. « Et cette joie, nul, jamais ne pourra la ravir ». Amen »
(Stan Rougier, De la Vie éternelle, je ne sais pas grand-chose).
Catégorie : Non-violence
Ne pas identifier la personne au mal qu’elle fait
Mon regard sur la phrase de Macron « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emm*rder » : quand quelqu’un fait quelque chose de mal à mes yeux, il est sage de distinguer soigneusement ce quelqu’un de ses actes, afin de réussir à montrer en quoi le comportement ne me semble pas ajusté, sans du tout m’attaquer à la personne. Le défi est de rester entièrement sur le plan des actes citoyens, qui sont à réguler par la loi et par un cadre de droit juste ; ce plan est à distinguer soigneusement du registre des personnes à respecter.
Viser la personne, c’est se tromper de cible ! Porter atteinte à son intégrité, c’est se tromper de combat et s’éloigner de la solution juste. Pour aller plus loin, lire l’intro de mon livre La méthode C-R-I-T-E-R-E pour mieux gérer nos conflits, disponible sur http://etiennechome.site/publications-de-fond/sociopolitique/.
Dans sa lutte pour l’indépendance de son pays colonisé par les Anglais, Gandhi disait : « J’aime les Anglais. Je souhaite pouvoir vivre avec eux mais je hais le système qu’ils ont institué dans notre pays et je veux le détruire. Je m’arrange pour traquer le mal où qu’il soit, sans jamais nuire à celui qui en est responsable. Notre non-coopération ne s’en prend ni aux Anglais ni à l’Occident mais au système que les Anglais nous ont imposé ».
Conditions d’une campagne de désobéissance civile
Selon Hugo Bedau, pour qu’une campagne d’actions non-violente soit reconnue comme désobéissance civile dans un État de droit , elle doit réunir les conditions suivantes : être exprimée publiquement, en nom propre, de façon collective, en spécifiant en quoi l’obligation légale bafoue un droit fondamental et en fondant cette revendication sur l’invocation d’un principe supérieur à la simple légalité (égalité, justice, solidarité ou dignité). Cf. Hugo Bedau, On Civil Disobedience, dans Journal of Philosophy, n° 58, 1961, p. 653-665.
Albert Ogien y ajoute que « ce refus doit faire l’objet d’une action en justice (civile ou administrative), car le procès est considéré comme la tribune du haut de laquelle la question du caractère néfaste ou scélérat d’un texte réglementaire peut être rouverte dans le débat public » (Albert Ogien, La désobéissance civile peut-elle être un droit ? dans Droit et société, n° 91, 2015/3, p. 579 à 592).
« Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. Cette distinction est naturellement invoquée comme un argument primordial par tous ceux qui s’efforcent de faire reconnaître que la désobéissance civile n’est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques […]. Le délinquant de droit commun, par contre, même s’il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt ; il refuse de s’incliner devant la volonté du groupe et ne cédera qu’à la violence des services chargés d’imposer le respect de la loi. Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d’un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l’autorité établie à partir d’un désaccord fondamental, et non parce qu’il entend personnellement bénéficier d’un passe-droit » (Hannah ARENDT, Du mensonge à la violence, 1972, p. 76-77 dans la traduction française).
L’architecture de la paix et l’artisanat de la paix
Début du message du Pape François, en cette Journée mondiale de la paix,
1er janvier 2022 :
Le dialogue entre générations, éducation et travail :
des outils pour construire une paix durable.
« Comme ils sont beaux, sur les montagnes, les pas du messager qui annonce la paix » (Is 52, 7). « Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère, souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ? » (Baruch 3, 10-11). Pour ces gens, l’avènement du messager de paix signifiait l’espérance d’une renaissance sur les décombres de l’histoire. Aujourd’hui encore, la clameur des pauvres et de la terre ne cesse de s’élever pour implorer justice et paix. À chaque époque, la paix est à la fois un don du ciel et le fruit d’un engagement commun. Il y a, en effet, une “architecture” de la paix, dans laquelle interviennent les différentes institutions de la société, et il y a un “artisanat” de la paix qui implique chacun de nous personnellement. Chacun peut collaborer à la construction d’un monde plus pacifique : à partir de son propre cœur et des relations au sein de la famille, dans la société et avec l’environnement, jusqu’aux relations entre les peuples et entre les États. Je voudrais proposer trois voies pour construire une paix durable. Tout d’abord, le dialogue entre les générations comme base pour la réalisation de projets communs. Deuxièmement, l’éducation en tant que facteur de liberté, de responsabilité et de développement. Enfin, le travail pour une pleine réalisation de la dignité humaine. Ces trois éléments sont essentiels pour “l’élaboration d’un pacte social”, sans lequel tout projet de paix est inconsistant.
Suite : https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2021/12/21/0867/01823.html#fra
Mes meilleurs vœux pour 2022
2021 : Deux mille, vainc tes Huns !
2022 : De mil vint tête d’œufs ?
Deux miles vint heureux ?
Deux mille vain eux deux ?
Ou deux mille vins eux deux ?
Je nous souhaite la surprise de Cana :
les 2022 / 2000 vins d’eux deux, découlant du vin neuf du Royaume
qui sauve nos piquettes et nos vins qui tournent au vinaigre…
Côté ombre de l’anneau-alliance : « L’alliance est « le sésame ouvre-toi » de la femme, mais aussi l’anneau le plus solide de la chaîne forgée pour elle par des siècles de servitude » (Yvette Naubert).
Côté lumière : « La Bible commence et termine par de grandioses fresques d’une violence extrême : les onze premiers chapitres de la Genèse et l’Apocalypse nous tendent le miroir de nos parts les plus ténébreuses. Néanmoins, nous dit Paul Beauchamp, l’arc de cercle de la violence, entre le déluge de Noé et la bataille finale (Ap 16,16), est surplombé par l’arc de cercle de la douceur, entre la création et l’Eucharistie finale (Ap 22,17). La douceur est notre premier ‘état de créature’, formule que l’exégète jésuite préfère à celle d’’état de nature’. Et la douceur viendra après la violence parce qu’elle était avant elle. Entretemps, ce n’est pas en quittant le théâtre de la violence que la douceur conduit à la Vie qui n’en finit pas. C’est bien sur ce théâtre-là qu’elle rend possible ce que nous croyons impossible » (Étienne Chomé, Jésus est doux ET ferme ET pugnace. Qu’est-ce à dire ?, article paru dans Paraboles, Revue du Diocèse de Tournai, septembre 2014), disponible sur mon site http://etiennechome.site/theologie/).
Mes meilleurs vœux pour 2022 !
Le monde de la culture belge en désobéissance civile
Voici un extrait de mon article
L’objection de conscience rime-t-elle avec la désobéissance civile ? :
La « désobéissance civile » est une traduction phonétique de l’anglais « Civil disobedience », formule sortie de la plume de Henri David Thoreau, au milieu du 19ème siècle, aux États-Unis. À partir de 1840, Thoreau refuse de s’acquitter de l’impôt, ne voulant pas contribuer à la guerre impérialiste de son pays contre le Mexique et protestant contre le maintien du système esclavagiste des États du Sud. En juillet 1846, il est incarcéré mais libéré dès le lendemain : à son grand dam, sa tante avait payé l’impôt à sa place ! Un an et demi plus tard, le 26 janvier 1848, il donne une conférence « Resistance to Civil Government », reprise par l’éditeur après sa mort sous le titre « On the duty of civil disobedience » : « Si, de par sa nature, la machine gouvernementale veut faire de nous l’instrument de l’injustice envers notre prochain, alors je vous le dis, enfreignez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour stopper la machine. Il faut que je veille, en tout cas, à ne pas me prêter au mal que je condamne ».
Thoreau est repris et relayé par l’écrivain russe Léon Tolstoï, à la fin du 19ème siècle. Il est aussi lu par le jeune Gandhi aux études en Angleterre. C’est sa lutte en Afrique du Sud qui donne à la désobéissance civile sa première expression historique collective, en 1906. Gandhi écrit : « Lorsqu’un gouvernement commet une grave injustice, celui qui en est le sujet doit lui retirer sa coopération entière ou partielle jusqu’à ce qu’il l’ait amené à renoncer à son injustice. »
Cinquante ans plus tard, Martin Luther King déclare dans son combat contre la ségrégation raciale : « Il y a deux sortes de lois : les lois justes et les lois injustes ; je suis le premier à préconiser l’obéissance aux lois justes ; c’est une responsabilité morale aussi bien que légale, or cette même responsabilité morale nous commande inversement de désobéir aux lois injustes. » Il provoque aux Etats-Unis un débat public sur ce devoir de « désobéissance civile ». La loi a pour fonction de garantir la justice, de défendre les plus faibles contre les puissants. Autrement dit, c’est la justice qui doit fonder la loi, et non la loi qui doit fonder la justice. Il ne suffit pas à une loi d’être légale pour être légitime : « oserons-nous dire que ces lois sont injustes, ou plutôt qu’elles ne sont pas des lois ? Car à mon avis, une loi injuste n’est pas une loi » (Saint Augustin).
Mon article L’objection de conscience rime-t-elle avec la désobéissance civile ? =
12 pages soulignant l’importance d’incarner son objection de conscience dans un programme d’actions discernées, au risque de ne pas garder les mains pures
Voir aussi Chomé Étienne, Le nouveau paradigme de non-violence, p. 108s.
La paix véritable se gagne dans les conflits osés et gérés en amont de la violence
« La paix est un combat courageux à mener avant que n’éclate la violence. Chaque société a intérêt à entrer en conflit pour faire tomber les injustices dont elle souffre. Pour dire adieu à la guerre, il ne suffit pas de dire bonjour à la paix, il s’agit de mener un combat contre les injustices, grâce à une mobilisation générale des moyens et des personnes. La paix véritable se gagne dans les conflits osés et gérés en amont de la violence »
(Étienne Chomé, La méthode D-I-A-P-O-S pour faire tomber une injustice, parcours de formation en ce moment donné à Namur, à l’Institut International Lumen Vitae : cf. mon article Réussir une mobilisation collective est un art qui s’apprend, téléchargeable sur http://etiennechome.site/publications-de-fond/sociopolitique/).
Ni faucon, ni colombe, en osant le conflit qui permet d’échapper à la violence
« La non-violence est un mode de vie respectueux de l’homme, de l’environnement et un mode d’action politique respectueux de l’adversaire qui n’exclut ni la contrainte ni l’illégalité. Distinguer la force et la violence : la force qui oblige l’adversaire à céder n’est pas la violence qui le détruit ou le meurtrit. La non-violence est un rapport de force qui oblige l’adversaire à négocier et à trouver une solution au conflit. Pour déraciner la violence, il faut réhabiliter le conflit » (Étienne Godinot, La Force de la non-violence ; podcast sur https://www.youtube.com/watch?v=L8CXDr1p-D8).
« Les humains sont appelés à apprivoiser leur agressivité et non à la refouler, à la canaliser et non à la contrecarrer, comme on transforme une chute d’eau potentiellement dévastatrice en une source de houille blanche dont on tire l’électricité » (Chomé Étienne, Le nouveau paradigme de non-violence, p. 76).
Pour bien comprendre le schéma ci-dessous, voyez
Violence institutionnelle, structurelle
L’évêque brésilien, Dom Helder Camara, avança le concept de « violence institutionnelle » pour comprendre les racines de l’injustice ‘sociétale’ qui se cachent derrière les inégalités ‘naturelles’. Il nous invite à discerner les trois niveaux de violences.
La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et qui lamine des millions d’hommes dans les rouages silencieux et bien huilés d’un ordre établi injuste.
La deuxième est la violence contestatrice du désordre établi, dans son errance de vouloir abolir la première par des moyens violents qui, finalement, renforcent la violence.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la deuxième ; c’est l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Certains ont intérêt à pointer du doigt la deuxième violence, en masquant la première qui la fait naître et en justifiant la troisième qui la tue…
Johan Galtung développa, à partir de là le concept de « violence structurelle », l’art d’institutionnaliser des inégalités. Cf. https://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1139_fr.html
Péché qui pêche…
« Dans son combat non-violent pour la fin des discriminations raciales aux USA, Martin Luther King organisait « des séances d’entraînement consacrées aux sociodrames destinés à préparer les futurs manifestants à faire face à certaines provocations. On y dépeignait franchement les abus, tant verbaux que physiques, de la police et de ceux qui s’instituent gardiens bénévoles de la loi, et les règles de l’action non-violente à observer, à savoir résister sans agressivité, encaisser les injures sans répliquer et se laisser rouer de coups sans en rendre un seul » (Chomé Étienne, Le nouveau paradigme de non-violence, p. 275, reprenant Martin Luther King, Et maintenant où allons-nous ?, dans Je fais un rêve, Paris, Bayard, 1987, p. 166 + Révolution non-violente, Payot, coll. Petite bibliothèque, p. 70. À propos de l’entraînement à la non-violence, cf. Pat Patfoort, Une introduction à la non-violence, 1984, p. 38 sq).
Par la violence, le Mal nous attrape dès que nous lui offrons une prise : le péché nous pêche, empêchant alors l’œuvre du divin pêcheur, qui, lui, est non-violent jusqu’au bout.