« Illustrons les 6 logiques de fonctionnement dans un conflit d’intérêts divergents avecle cas d’école classique de l’orange. Nous voulons tous les deux cette orange : quelles stratégies puis-je déployer ? Voir le schéma ci-dessous.
Davantage pour les deux signifie par exemple : si nous prenons le temps d’identifier la raison pour laquelle nous voulons tous les deux cette orange, il apparaîtra peut-être des complémentarités. Il serait dommage de la partager en deux (chacun fait une concession) s’il apparaît que tu as besoin du zeste de la pelure pour faire un gâteau, alors que moi, je veux manger le contenu de l’orange ou que tu aimes la pulpe et moi le jus. Même dans le cas où nous voulons tous les deux manger l’orange, coopérer aboutira probablement à une solution profitable pour les deux et meilleure que le moitié-moitié. Par exemple, ne pas se borner à cette orange-là, ici et maintenant… Élargir le problème dans l’espace et le temps » (Chomé Étienne, Apprendre à mieux gérer nos conflits. Une communication vraie et une négociation efficace, édité à l’île Maurice, 2005, p. 305).
« Le psychologue américain John Gray a développé sa réflexion autour de l’idée que les hommes viennent de Mars et les femmes de Venus. La mythologie antique est riche en psychologie. Dans le panthéon grec/latin, Arès / Mars est le Dieu de la guerre et du conflit, Aphrodite / Vénus est la déesse de la beauté et de l’amour (du don et de la relation à l’autre). Chez les Grecs, ils ont une fille, que l’on a appelée Harmonie… La véritable harmonie se trouve donc dans l’union intime de ces deux-là ! Déjà Héraclite défendait que tout naît de la discorde et des contraires. Épictète le confirmait : « c’est de la discorde que peut naître la plus belle harmonie ». Tout un programme que les Grecs avaient déjà compris et tracé !… » (Chomé Étienne, Apprendre à mieux gérer nos conflits. Une communication vraie et une négociation efficace, édité à l’île Maurice, 2005, p. 310).
Cette nuit-là, quels combats… Comme Jacob dans son Pénuël / face-à-face avec El (Genèse 32, 31), sur cette colline de con-frontation / front contre front. Au départ, quel charivari chaotique : de mon humanité blessée et limitée, tout ce qui sort se plaint dans ses douleurs… Peut alors commencer, dans les profondeurs, la lente transfusion sanguine : goutte à goutte qui renouvelle en douceur tout le système, jusqu’à l’aube : je suis à nouveau, je suis qui je suis, enfant de Dieu. L’accueil de ma divine filiation est re-création et engendrement de vocation. Tout redevient possible, simple, ouvert, paisible. Il y eut un soir de noir, il y eut un matin de bien. Dans le monde arabe, bon-jour = sabah-al-rer = matin de bien !Voici le vitrail de la colline de Pénuël, projet communautaire à côté de chez moi où je souhaite que nous passions des con-traintes fraternelles à la Vie fratéternelle :
« La transmission opère par le lien. Si nous coupons le lien, par exemple en cloisonnant le monde, il n’y a plus de transmission » (Céline Alvarez).
« La vie est comme un arbre et les racines sont sa conscience. Lorsque nous prenons soin des racines, l’arbre entier s’en porte mieux » (Deepack Chopra).
« L’ego n’aime pas se prendre à la légère… C’est ce qui le plombe ! En fait, l’humour est le signe avant-coureur de cette joie de l’âme que la tradition hindouiste appelle Ananda » (Advaita).
L’Essence se prend à la légère, à la pompe sans plomb (Anaconda É tienne chaud met).
« Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avions quand nous les avons créés » (Einstein).
« C’est avec une dose d’invisible, d’abstraction et de mystère que je comprends mieux la vie… Quand tout est fait d’avance, c’est que nous sommes déjà sensiblement en retard sur à peu près tout » (Jacques Dor).
« L’arbre, c’est cette puissance qui lentement épouse le ciel. L’arbre n’est point semence, puis tige, puis tronc flexible, puis bois mort. Il ne faut point le diviser pour le connaître. Ainsi de toi, mon petit d’homme. Tu es celui qui s’accomplit, semblable à la branche de l’olivier ; se fera sentir en toi le grand balancement de Dieu qui vient comme un souffle essayer l’arbre. […] Et si tu sais te découvrir branche balancée, bien accrochée à l’olivier, tu goûteras dans tes mouvements l’éternité » (Antoine de St Exupéry, Citadelle).
Dès le IVe siècle, le traditionnel conflit de devoirs est posé par Ambroise de Milan : ou bien le chrétien observera le précepte selon lequel il doit s’abstenir de toute violence mais il manquera à l’obligation qui est la sienne de venir en aide à la victime de l’agression injuste, il deviendra alors complice de l’injuste agresseur ; ou bien il mettra sa force à la disposition de la victime de l’injustice et il manquera au précepte de non-violence contenu dans l’Évangile.
Nous avons les moyens aujourd’hui de sortir de ce dilemme très mal posé, au regard des actuelles ressources en gestion des conflits. Voir le schéma ci-dessous.
La meilleure défense possible n’est pas dans la contre-agression ni dans la passivité, elle est dans une mobilisation de nos meilleures forces vives (CD juste, CV et NE…) à même de réguler la violence des individus et d’optimiser les sorties de crise. « Renoncer à l’usage de la force » est une formule inadéquate qui crée le dilemme entre force (sous-entendue violente) ou non-force (sous-entendue non-violente ; à vrai dire, passivité). Le défi est d’optimiser le déploiement des forces sociales, économiques, culturelles, politiques, etc., qui font effectivement reculer le seuil des violences légitimées en dernier recours.
C’est dans le régime du « oui à la non-violence autant que possible mais il faut bien la violence en dernier recours » que les doctrines de la guerre juste ont aménagé les exceptions, étudié la licéité de la guerre dans certains cas, avec l’intention d’éclairer les politiciens à partir de la morale. C’est dans un mouvement très différent du « non seulement la fin juste mais déjà et encore des moyens non piégés par la violence » que les théologies de la paix juste s’intéressent à débloquer nos potentiels de créativité quand nous excluons les moyens violents : ouvrir les possibles et inventer les alternatives qui font effectivement reculer le seuil fatal du conflit basculant dans une violence sans retour. Tant de batailles sont gangrenées par le mal qu’elles prétendent combattre. Tant de violences justifiées en tant que « moindre mal » sont à vrai dire un mal qui se rajoute au premier, un « double mal ». Tandis que les théologiens d’antan s’intéressaient aux exceptions de légitime violence, que l’on doit bien accepter dans ce monde corrompu par le péché (la fin juste justifiant in fine les moyens violents, à titre de moindre mal), les porteurs du nouveau paradigme soulignent avec Gandhi la cohérence entre fin et moyen et s’intéressent au mécanisme inverse, à la manière dont des moyens injustes corrompent les fins et les rendent finalement injustes. La fin valant ce que valent les moyens, ils se concentrent sur les conséquences nécessairement impliquées par le jeu même des moyens mis en œuvre, et surtout ils apprennent comment déjouer les pièges diaboliques de la violence aussi glissante qu’une planche-à-savon très penchée, qui entraîne irrésistiblement les belligérants vers une riposte toujours plus aveugle.
Extrait de mon article à paraître dans les Actes du Colloque sur les paix justes, tenu à la Catho de Paris, 10-12 mars 2022.
« Il y a entre toi et moi comme la serrure d’une porte dont chacun serait la clé. Il y passe les puissances les plus secrètes de l’univers, qui vont et viennent librement quand personne ne les remarque, comme une respiration éternelle, d’un côté puis de l’autre, comme un cœur qui bat, expansion et contraction, comme tout mouvement de vie. La relation est comme les saisons, comme le jour succède à la nuit, tout meurt et tout renaît à chaque seconde.
L’amour serait davantage une rivière éternelle par laquelle on se laisserait traverser, qu’un sentiment fugace auquel il faudrait s’agripper. Une main ouverte sur laquelle tout peut se poser puis s’en aller. Quand la main est vide, elle devient pleine de tout. La relation amoureuse est comme la relation à tout, qui relève davantage d’une chaude pulsation, au rythme de laquelle il conviendrait d’inspirer et d’expirer, plutôt que retenir son souffle de peur de manquer d’air.
La relation alors, ne se termine pas, elle recommence à chaque instant. Elle ne meurt pas, elle monte au ciel pour redescendre comme la pluie. Et cela, quand on le touche du doigt, console de tout » (Stephan Schillinger, La relation).