Quelle joie de communier aux mots de Thoreau quand il partage son expérience de la première heure de chaque jour : il n’y a pas d’heure plus sacrée que cette heure aurorale. C’est l’heure par excellence où les sens et l’esprit échappent à la torpeur quotidienne ; une vie réveillée à la pointe de l’aube, où le léger bourdonnement d’un moustique en train de faire tout le tour de la cabane est reconnue comme une épopée héroïque pas moindre que celle d’Ulysse dans les yeux d’Homère ; cette vie en éveil qui reconnaît à l’instant présent la majesté de la grandeur cosmique, insufflée par le Vivant aussi minuscule soit-il.
Voici les mots mêmes de Thoreau, lui qui chercha à « expérimenter la vie » dans une cabane en bois (pendant 2 ans, 2 mois et 2 jours) : « Le léger bourdonnement du moustique en train d’accomplir son invisible et inconcevable tour dans ma cabane à la pointe de l’aube, lorsque j’étais assis porte et fenêtre ouvertes, me causait tout autant d’émotion que l’eût pu faire nulle trompette qui jamais chanta la renommée. C’était le requiem d’Homère ; lui-même une Iliade et Odyssée dans l’air, chantant son ire à lui et ses courses errantes. Il y avait là quelque chose de cosmique ; un avis constant jusqu’à plus ample informé, de l’éternelle vigueur et fertilité du monde. Le matin, qui est le plus notable moment du jour, est l’heure du réveil. C’est alors qu’il est en nous le moins de somnolence ; et pendant une heure, au moins, se tient éveillée quelque partie de nous-même, qui tout le reste du jour et de la nuit sommeille.
[…] Les Védas disent : « Toutes intelligences s’éveillent avec le matin. » La poésie et l’art, et les plus nobles comme les plus notables actions des hommes, datent de cette heure-là » (Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, 1854).
Dans ce cabanon, Thoreau avait l’intention d’expérimenter ce qu’offre d’une part une simplicité volontaire et d’autre part un laboratoire effervescent de vie intérieure. Il y donna priorité à cette aube intérieure qui laisse partir les fumées d’une vie superficielle, s’ancre dans le fond solide & rocheux du Réel essenceCiel et plonge dans le feu de son cœur…
Bons choix de vie, bonne sagesse à chacun.e de nous !
