« Il existe une question qui, lorsqu’on la pose sérieusement, donne le vertige : qu’as-tu que tu n’aies pas reçu en don ? Si je promène mon regard autour de moi, je dois tôt ou tard reconnaître qu’il y a peu de choses que je n’ai reçues en don : cette terre sur laquelle je pose mes pas, cet air que je respire, à qui sont-ils ? Cette langue que je parle, à qui est-elle ? Ces connaissances que j’ai glanées, que j’ai pu croire miennes ? Cette main qui mène ma plume ? Ce corps généreusement prêté pour un temps ? » (Christiane Singer).
Pic de La Mirandole, Oratio de hominis dignitate :
« Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme. »
« Nec certam sedem, nec propriam faciem, nec munus ullum peculiare tibi dedimus, o Adam, ut quam sedem, quam faciem, quae munera tute optaveris, ea, pro voto, pro tua sententia, habeas et possideas. Definita ceteris natura intra praescriptas a nobis leges coercetur. Tu, nullis angustiis coercitus, pro tuo arbitrio, in cuius manu te posui, tibi illam praefinies. Medium te mundi posui, ut circumspiceres inde commodius quicquid est in mundo. Nec te caelestem neque terrenum, neque mortalem neque immortalem fecimus, ut tui ipsius quasi arbitrarius honorariusque plastes et fictor, in quam malueris tute formam effingas. »
(repris par Marguerite Yourcenar, dans l’Épigraphe de L’Œuvre au noir).
Le sein charmant qui joue avec le feu, Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent, Les derniers dons, les doigts qui les défendent, Tout va sous terre et rentre dans le jeu !
Buvez, mon sein, la naissance du vent ! Une fraîcheur de la mer exhalée, Me rend mon âme, Ô puissance salée ! Courons à l’onde en rejaillir vivant !
« Rien ne m’est plus déchirant que de voir Dieu constamment défiguré, comme une puissance extérieure au monde, non engagée dans notre vie, confite tout entière en elle-même, dans sa gloire et son bonheur, et jouant dans notre monde qui n’est rien pour Lui, dont Il n’a pas besoin, et qu’Il laisse se débattre dans les agonies que nous connaissons » (Maurice Zundel).
« Une rose a pleuré sous les coups de midi, une rose empourprée par des hontes à maudire. Et moi, j’ai recueilli toutes ses larmes pour les ciseler en sourires, pour voir de nouveaux printemps dans les massifs de son désir. Oui, j’ai attrapé tant de soleils juste pour sécher ses joues parce que, dans le fond de sa peine, je ne savais plus comment rire ! Je les ai bues à même ses yeux pour y noyer tous mes ‘Je t’aime’. Il fallait remettre la rose dans les jardins de l’Eden » (Joel Grenier).
« Avant sa venue, j’avais, pour ainsi dire, sommeillé, noyé dans je ne sais quelle pénombre. Mais elle avait paru, m’avait réveillé et conduit à la Lumière. Sa présence avait lié tout ce qui m’entourait d’un fil continu, elle avait tendu entre l’ambiance et mon âme une passerelle de Lumière. Et, du coup, elle était devenue à jamais l’amie la plus proche de mon cœur, l’être le plus compréhensible et le plus cher. Ce fut son Amour désintéressé de l’Univers qui m’enrichit et m’imprégna de cette force invincible dont j’eus besoin pour passer les heures difficiles » (Maxime Gorki).
Si tu te sens sans vie, demande-toi depuis quand tu n’as pas plongé tes mains dans la terre, pour prendre soin de ton jardin ? Et depuis quand tu ne t’es pas arrêté pour contempler un coucher de soleil ? Quand était-ce la dernière fois où tu as dansé ? Quand était-ce la dernière fois où tu as chanté ? Quand était-ce la dernière fois où tu t’es plongé dans une histoire féerique ? Quand était-ce la dernière fois où tu as passé plusieurs heures à savourer le silence ?