Découvrir le pot aux roses, à cause de l’odeur des fleurs qu’il contient = découvrir un secret, malgré toutes les précautions prises par la personne qui le cache avec soin. Ainsi, la personne cachant le pot magique avec lequel elle poudre de rose son visage, dans l’espoir de masquer ses défauts.
« Toutefois, Messieurs, la finesse, la tricherie, les petites anicroches sont cachées sous le pot aux roses » (Rabelais, Pantagruel, livre II, ch. XII, 1532).
Une personne cache ses blessures en se fardant de rose, dans l’espoir que son pot aux roses ne soit démasqué. Ci-dessous d’heureux pots aux roses réussis. Cicatrices => Sic actrices !
Nos posts fake, fac-similés, fac-simulés… Succédanés, succès-damnés ! Ersatz de bonheur…
Jésus ne s’est pas attaqué frontalement à l’oppression politique de l’envahisseur romain ni à l’esclavage socioéconomique. Mais il en a sapé les fondements, il a été à la racine des dominations des uns sur les autres, pour toucher nos consciences et nous faire lâcher, à partir de nos cœurs, nos abus de pouvoir et nos violences structurelles. Le ferment de sa bonne nouvelle a mis quelques générations pour subvertir l’Empire romain mais il l’a subverti… En ce sens, Jésus radicalement non-violent est plus révolutionnaire que les révolutionnaires !
Le fin mot de l’histoire, c’est que son Père est juste ET miséri-cor-Dieu : Dieu penché avec son cœur sur nos misères. Et il nous invite à la conversion : choisir de Lui faire confiance, croire en son infinie patience et miséricorde, à la radicale bienveillance de son dessein.
Notre conversion, au cours de ce carême, ne porte pas d’abord sur ce que nous faisons mais sur ce que nous pensons, comment nous nous représentons Dieu. Il nous dit que, malgré les apparences d’une efficacité de surface et à court terme, le radical retournement des cœurs humains a le pouvoir de changer la face du monde. Le croyons-nous ?
Le printemps n’est pas seulement le bon moment pour les stratèges de lancer une opération militaire contre le peuple voisin, c’est aussi chaque année, notre montée résolue vers Pâques, mort et résurrection. Bon carême, bon car-aime, dans la paix et la détermination d’une paix juste !
Aller jusqu’au bout de la guérison de mes blessures, de mes patterns-ornières, sous peine que la Vie me renvoie les mêmes plats, tant que je n’aurai pas débloqué en moi, guéri et réconcilié ce qui doit l’être. La vie nous convie à ce chemin, à ce retour vers la plénitude-complétude, vers l’intégrité-intégralité personnelle. Les épreuves sont des invitations à grandir, à sortir de nos programmes de survie archaïques, à créer des harmoniques nouvelles autour de nos invariants, telles que nos ornières deviennent peu à peu des sillons d’ensemencement vers de nouveaux champs féconds !
Le 9 octobre 1989, à Leipzig, en Allemagne de l’Est, pile un mois avant la chute du mur de Berlin, toute la ville parle de la manifestation non-violente prévue en soirée. Tous ont reçu l’ordre de ne pas se rendre au centre-ville le soir. Tous voient les chars d’assaut déployés, particulièrement autour de l’église St-Nicolas, où se tiennent chaque semaine des réunions de prière pour la paix, et qui est devenu le lieu-symbole de la contestation au régime d’oppression. Plus de 8.000 militaires et milices paramilitaires d’ouvriers communistes sont mobilisés, avec l’ordre d’une répression implacable. Tous les habitants sont au courant : ce soir, l’ordre de tirer a été donné. La peur d’un bain de sang est grande.
Le soir, 2000 personnes ont bravé l’interdit, priant pour la paix, comme chaque semaine, dans l’église St-Nicolas. Les autres églises du centre-ville sont aussi remplies. La tension est à son comble à la fin de la prière, les armes pointées sur elles les attendent dehors. La moindre étincelle mettra le feu aux poudres. Et là, à la manière de ce jeune qui offrit ses 5 pains et 2 poissons, quelqu’un proposa d’allumer des lumignons et de sortir en les tenant devant soi, tout en chantant et priant. Voici le témoignage d’un participant : « Lorsqu’on porte une bougie, il faut utiliser les deux mains. Il faut garder la flamme pour qu’elle ne s’éteigne pas. Ce qui veut dire que l’on ne peut donc pas en même temps porter de pierre ni de bâton dans la main. Et voilà le miracle ! Les forces armées furent saisies et furent mêlées à des discussions, puis elles se retirèrent ». De son côté, un membre du comité central du gouvernement de l’Allemagne de l’Est confessa : « Nous étions préparés à tout, nous avions tout envisagé, à la seule exception des bougies baignées dans des chants de prières ».
C’est la flamme de pauvres bougies qui fit tout basculer : environ 70.000 personnes osèrent alors sortir, se rassemblèrent sur Karl-Marx-Platz, défilèrent dans le centre-ville, en appelant « Keine Gewalt ! », « Pas de violence ! », jusqu’à passer devant la gare et devant le siège de la Stasi, sans aucune provocation mais avec détermination. Dans leur combat juste et non-violent, ils étaient prêts à être tués, sans tuer à leur tour. L’agneau conduit à l’abattoir ? Quand des millions d’autres personnes sont prêtes à suivre, que peuvent faire le Pouvoir et son bras armé devant une telle masse de manifestants désarmés ? La chute du mur était déjà en cours, à travers leurs pieds en rue et leurs mains avec flambeau, qui s’alignaient sur leur vision résolue. Le feu mis aux poudres ? Via les nouvelles internationales, tout le pays fut informé. Des millions d’autres dans le Bloc soviétique étaient encouragés à oser contribuer au changement. Conscience et longueur de temps font plus que violence ni que rage !
Merci de contribuer à faire connaître ce 9 octobre 1989, décisif pour la suite de l’Histoire : la chute du mur de Berlin, par évolution des consciences et des cœurs sans violence, sans révolution violente. Merci aux personnes qui feront suivre ce post. La paix dans le monde commence par de tels petits actes, qui semblent aussi dérisoires qu’un lumignon entre les mains, et pourtant ils comptent !…
« S’il te plait, appelle-moi par mes vrais noms Ne dis pas que je partirai demain, car je nais aujourd’hui encore. Regarde profondément : je nais à chaque seconde. Je suis un bourgeon sur une branche au printemps. Je suis un petit oiseau aux ailes encore fragiles qui apprend à chanter dans son nouveau nid. Je suis une chenille au cœur d’une fleur. Je suis un joyau caché dans la roche. Je ne cesse de naître, pour rire et pour pleurer, pour craindre et espérer. Le rythme de mon cœur, c’est la naissance et la mort de tous les êtres en vie. Je suis l’éphémère se métamorphosant à la surface de la rivière et je suis l’oiseau qui, quand le printemps arrive, naît juste à temps pour manger l’éphémère. Je suis la grenouille qui nage heureuse dans l’étang clair et je suis l’orvet qui, approchant en silence, se nourrit de la grenouille. […] Ma joie est comme le printemps, si chaude qu’elle fait fleurir les fleurs sur tous les chemins de la vie. Ma souffrance est comme une rivière de larmes, si pleine qu’elle remplit les quatre océans. S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms, que j’entende ensemble mes cris et mes rires, que je voie ma joie mais aussi mes peines. S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms pour que je puisse me réveiller et pour que reste ouverte la porte de mon cœur, la porte de la compassion… » (Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste décédé le 22/1/22).
« Je suis très touché par un chapiteau médiéval qui se trouve dans la Basilique Sainte Marie-Madeleine à Vézelay, en France, où commence le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Sur ce chapiteau, d’un côté il y a Judas pendu, les yeux ouverts, la langue dehors, et de l’autre il y a le Bon Pasteur qui l’emmène avec lui. Et si nous regardons bien, attentivement, le visage du Bon Pasteur, les lèvres d’un côté sont tristes, mais de l’autre côté elles arborent un sourire » (Pape François).
Les chapiteaux de la basilique Sainte‑Marie‑Madeleine de Vézelay sont peuplés de créatures étranges, comme des animaux réels mais symboliques, des créatures hybrides ou fantastiques, même des figures mythologiques tirées hors de la Bible comme Ganymède (trait propre à Vézelay), des anges qui appellent à la Vie mais aussi des démons qui tourmentent les âmes des hommes, tentent des moines, luttent avec des anges, malmènent les âmes des damnés, etc.
C’est l’un des ensembles sculptés les plus riches de l’art roman (XIIᵉ siècle), véritables tableaux iconographiques parlant des défis de notre vie spirituelle : nos tentations et nos maux, les forces chaotiques et les passions, la présence divine qui guide et qui sauve…. Les plus marquants sont ces êtres infernaux à la figure grimaçante, au rictus diabolique, aux cheveux enflammés :
Voici toute la terre, entre Ciel et enfers…
Mon père m’a toujours répété que j’avais été conçu derrière la basilique de Vézelay ! Ceci explique cela ?
Dans mon livre Tends l’autre joue, ne rends pas coup pour coup. Mt 5, 38-42, non-violence active et Tradition, Éd. Lumen Vitae & Sortir de la violence, 2008, 259 pages, j’ai mené une solide exégèse (académiquement reconnue) de la péricope Mt 5,38-42, notamment une longue Auslegungsgeschichte (étude historique de son interprétation), au terme de laquelle je conclus que l’interprétation classique selon laquelle ce serait un appel à ne pas résister trahit le mouvement des 6 antithèses (On vous a dit… Moi, je vous dis…; non seulement… mais encore…). Bref, sans développer ici, dans cette antithèse, Jésus appelle non seulement à résister pour la justice mais encore d’une manière spécifique : par d’autres moyens que la violence. En trois exemples incisifs, il propose des initiatives déroutantes retournant le système injuste contre lui-même, ce qui a pour effet de le subvertir de l’intérieur. En très résumé, tendre la joue signifie pour le subalterne non pas laisser faire et fermer les yeux mais au contraire empêcher une deuxième gifle du même ordre et amener le maître qui profite de son bon droit à ouvrir les yeux sur son abus de pouvoir social. Laisser son manteau quand l’huissier de justice vous prend tout jusqu’aux sous-vêtements, c’est se retrouver nu : de quoi toucher la conscience du riche sans scrupules, qui profite de son bon droit économique de créance. Faire mille pas de plus aux côtés d’un agent d’occupation qui profite de son bon droit de réquisition interpelle cet agent qui peut être convoqué par son supérieur pour rendre compte d’avoir dépassé la borne (plantée tous les mille pas sur les Viae Romanae) ; c’est donc une manière originale de contester avec amour ce droit que s’offre la puissance coloniale.
Dans les trois cas, Jésus enjoint ses disciples à inventer une initiative déroutante qui ne tombe pas dans le piège de la contre-violence, mais qui enraye effectivement le jeu de pouvoir logé dans la pratique admise mais injuste.
Jésus n’a pas été un politicien et il refuse tout messianisme politico-religieux. Mais il ne fuit pas le conflit ; il crée même la confrontation. Il est assertif, franc et combatif. Le ferment de l’évangile a mis quelques générations pour subvertir l’Empire romain mais il l’a révolutionné ! Car Jésus a sapé les fondements même de la domination des uns sur les autres, de l’esclavage, de l’oppression politique et économique. En ce sens, dans sa redoutable force non-violente, Jésus est plus révolutionnaire que les révolutionnaires.
Comprendre l’Évangile comme un appel à ne pas résister est à l’origine des nombreuses apories dans l’articulation de l’Évangile au réalisme politique (oui à l’Évangile mais pas…).
« Renoncer à l’usage de la force » est une formule inadéquate qui crée le dilemme entre force (sous-entendue violente) ou non-force (sous-entendue non-violente ; à vrai dire, passivité). Le défi est d’optimiser le déploiement des forces sociales, économiques, culturelles, politiques, etc., qui font effectivement reculer le seuil des violences légitimées en « dernier recours ». Voir là mon livre La non-violence évangélique et le défi de la sortie de la violence.
« Aujourd’hui, je veux rendre hommage à ma différence. Précisément à cette partie de moi si loin des autres.
À cet ennui qui vient quand tout le monde applaudit. À ce sentiment de ne pas être à ma place. À mes cellules rebelles et révolutionnaires, vraies.
Être différent est un signe d’authenticité. C’est ainsi qu’on découvre artistes, poètes, pèlerins de l’âme : par leurs diversités dont ils ne peuvent se passer. C’est le rythme de leur cœur. Un rythme souvent incompréhensible à l’entour.
Ce battement les conduit à des actions étranges, des pensées variantes, des vies mouvementées mais harmoniques, selon leurs propres lois intérieures…
Quant à moi, les masses m’effraient, m’immobilisent, m’assoupissent. Je préfère les bizarres, les fous, les sauvages de l’esprit. Ceux qui parviennent à s’écouter malgré tout le bruit du monde. Vivent ceux qui ne se laissent pas distraire, ceux qui continuent à marcher sur le chemin de leur âme, malgré les blessures, les chaînes qui retiennent, les voix qui envoûtent. Les victorieux sont ceux qui n’éteignent pas leur voix intérieure » (Elena Bernabè).
‘Oom’ en Afrique du Sud est un mot employé pour saluer un homme âgé, avec respect et affection.
Une habitante de Kiev a eu cette semaine une vision dans un rêve : dans une ville détruite par la guerre, elle cherche sa famille. Jésus se rapproche d’elle et celle-ci lui demande de lui donner un coup de main. Jésus, de la croix, répond : « Tu ne peux pas faire les deux choses ensemble ; tu ne peux pas me crucifier et en même temps demander mon aide. Tu dois choisir : l’un ou l’autre. »
Quand cette personne s’est réveillée, après cette vision, elle a dit à tout son entourage qu’elle avait décidé de choisir l’essentiel. C’est le nonce apostolique à Kiev qui partage ce témoignage ce 11 mars 2022.
Choisir l’essentiel : « Tu ne tueras pas », même si les autres le font.
La non-violence choisit l’essentiel : si tous les habitants d’un pays décident de se tenir la main pour ne pas coopérer avec l’envahisseur, celui-ci ne pourra pas les soumettre et tirer profit de ses agressions violentes, d’autant plus si des milliards d’humains de la planète leur tiennent aussi la main, de là où ils sont. Ce ne sont pas les armes qui font la grandeur et l’héroïsme d’une personne, d’une nation, c’est 1) sa fermeté courageuse à ne pas coopérer aux injustices dont elle a conscience (et la guerre en fait partie), 2) sa capacité à comprendre et à reconnaître la vérité profonde de chaque partie, 3) l’art de créer un accord qui en tienne compte : cadre de droit, communication vraie et négociation efficace, pour une paix juste. Ne pas perdre le cap.