Chômer pour célébrer le travail

Vive le 8 mai, jour férié chez beaucoup qui célèbrent la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Vive le dimanche 7 mai (c’est moi qui offre la tournée !), jour du repos sabbatique.

Vive le 1er mai, la plus haute valeur du travail se célébrant par un jour chômé, histoire de souligner l’importance de se réaliser à travers son travail pour les autres et avec les autres, tout en respectant un rythme ramenant à l’essentiel : une vie familiale, collective et spirituelle. Que Sa volonté soit fête !

« Travailler, c’est réaliser quelque chose par soi-même, une œuvre, une œuvre utile pour soi et pour les autres… » (Michel Boyancé).

« Créer, c’est sublimer le travail. C’est, avec son unicité, apporter une pierre à l’édifice du monde » (Laurence Maron).

« Pour un artiste, la création n’est pas un travail,
c’est respirer, c’est exister » (Gilbert Choquette).

« Poser des questions, raconter des histoires, travailler de ses mains : tout cela participe de la création de quelque chose et ce quelque chose, c’est l’âme qui croît à chaque fois que nous la nourrissons » (Clarissa Pinkola Estés).

L’âge du début de la sagesse ?

« Et lentement s’ouvrent, dans mes yeux ouverts,
d’autres yeux mieux capables de voir »
(Christiane Singer).

40 ans : l’âge dans la Bible du début de la sagesse,
au sens de l’âge à partir duquel on se met à
pénétrer les Écritures avec sagacité…
Je suis né le 7 mai 1965.
Porté par 40 ans de maturation,
je célèbre donc, en ce jour béni, mes 18 ans !
18 ans : l’ouverture aux promesses de la vie…

« Ce ne sont pas des contenus qu’il faut transmettre
– les Cieux se rient de nos théories –,
c’est une manière intense d’être.
Ce qui manque le plus à notre vie d’aujourd’hui,
c’est cette intensité surgie de l’intérieur.
[…] Seules les âmes ébranlées
jusque dans leurs fondements
par la passion ont la chance de
voir s’écrouler l’édifice de leur moi,
de devenir les chantiers du divin.
Tant que tu attendras qu’il t’arrive bonheur
et que ce bonheur se tienne devant toi avec
ses cadeaux et ses oripeaux, tu n’entendras
ni le vent dans les branches dehors, ni en toi
le souffle lent qui te visite,
son vrai langage et sa petite musique… 
Rien n’est plus contraire à l’expérience mystique
que la routine et la sécurité » (Christiane Singer).

Écospiritualité

Quelques extraits de Méditer comme une montagne, Exercices spirituels d’attention à la terre et à ceux qui l’habitent de Jean Philippe Pierron :

« Vacance au singulier qui laisse en nous l’espace pour accueillir ce qui vient défier notre perception ordinaire des choses.

La consolation est conscience de faire vivre ce que le philosophe tchèque Jan Patocka nommait la « solidarité des ébranlés », où il s’agit de se projeter dans un mode de relation en partant de nos ébranlements intérieurs ou de nos troubles, sans les masquer, ni les chérir de façon morbide, faisant de nos fractures des ouvertures. 

Éteindre le bruit des moteurs pour entendre le souffle d’une brise légère. …Être vivant sur la Terre, relié à d’autres vivants.

…Méditer comme une montagne. Une montagne, ça ne pense pas, ça ne prie pas, dira-t-on. Mais le « comme » suggère autre chose, un exercice spirituel de déplacement en imagination.

…Laisser quelques instants la paume de sa main entrer en contact avec la surface de l’eau pour saluer cette minuscule rencontre.

Comme il y a une gymnastique du corps, il y a une gymnastique de l’âme et un entraînement de l’attention. Les dispositions intérieures se travaillent et nous travaillent.

Expérimenter ce qui nous fait tenir ensemble : ces relations de soin mutuelles. 

Se rendre disponible, c’est partir à la recherche de sa consistance intérieure.

Le sensible n’est pas un problème à résoudre mais un mystère à faire exister.

S’écospiritualiser, c’est se tenir là, vivre l’espace comme un « avoir lieu », chantant le là de notre être là : j’y suis, j’en suis, passager d’un passage qui m’excède. »

Ensoleillés de l’intérieur

La voix de Sr Agathe : une pépite tombée du Ciel :

RESTE AVEC NOUS, Ô SEIGNEUR,
QUAND LA NUIT VIENT.
QUE TA PAIX VIENNE EN NOS COEURS,
NE SOIS PAS LOIN.
Veille sur ceux que j’aime.
Garde-les en ta grâce.
Protège chacun de leurs pas.
Donne-leur ta paix, ta joie.
Préserve ton serviteur,
de l’orgueil qui détruit.
Que je reste petit, même dans le bonheur.

La confiance du cœur au commencement de tout

Si la confiance du cœur était au commencement de tout,
si elle précédait toute démarche, petite ou grande…
tu irais loin, très loin.
Tu percevrais les évènements et les personnes
non pas avec cette inquiétude
qui t’isole et ne vient jamais de Dieu
mais à partir d’un regard intérieur de Paix.
Du coup, tu deviendrais un ferment de confiance
jusque dans les déserts de la famille humaine,
là même où elle se déchire » (Frère Roger, de Taizé).

« Tu te demandes parfois :
où sont les sources d’une vie intérieure ?
Heureux qui chemine non par la vue,
mais par la confiance de la foi.
Quand, dans ta nuit, tu descends aux sources,
la soif d’une confiance t’éclaire au-dedans.
Et tu voudrais dire au Ressuscité :
« Écoute, écoute ma prière d’enfant ;
donne-moi de tout te remettre à tout moment ;
que je me réjouisse de ta continuelle présence » » (Frère Roger, de Taizé)

Pwet pwet à destinée !

« Alors j’avais quinze ans. Au sein des nuits sans voiles,
Je m’arrêtais pour voir voyager les étoiles
Et contemplais trembler, à l’horizon lointain,
Des flots où leur clarté jouait jusqu’au matin.
Un immense besoin de divine harmonie
M’entraînait malgré moi vers la sphère infinie,
Tant il est vrai qu’ici cet autre astre immortel,
L’âme, gravite aussi vers un centre éternel.

Mais, tandis que la nuit marchait au fond des cieux,
Des pensées me venaient, graves, silencieux,
D’avenir large et beau, de grande destinée,
D’amour à naître encor, de mission donnée,
Vague image, pour moi, pareille aux flots lointains
De la brume où nageaient mes regards incertains.
— Aujourd’hui tout est su ; la destinée austère
N’a plus devant mes yeux d’ombre ni de mystère,
Et la vie, avant même un lustre révolu,
Garde à peine un feuillet qui n’ait pas été lu.
Humble et fragile enfant, cachant en moi ma flamme,
J’ai tout interrogé dans les choses de l’âme.
L’amour, d’abord. Jamais, le cœur endolori,
Je n’ai dit ce beau nom sans en avoir souri.

Puis j’ai soudé la gloire, autre rêve enchanté,
Dans l’être d’un moment instinct d’éternité !
Mais pour moi sur la terre, où l’âme s’est ternie,
Tout s’imprégnait d’un goût d’amertume infinie.
Alors, vers le Seigneur me retournant d’effroi,
Comme un enfant en pleurs, j’osai crier : « Prends-moi !
Prends-moi, car j’ai besoin, par delà toute chose,
D’un grand et saint espoir où mon cœur se repose,
D’une idée où mon âme, à qui l’avenir ment,
S’enferme et trouve enfin un terme à son tourment »
(Louise Ackermann, Élan mystique).

Devise d’Audace

« Le champ d’amour !
Il fait ébranler ces murs
Que j’ai construits.
Je me retrouve là à nu
Devant ce vaste champ fécond
Prête à recevoir les semences.

Les peurs se réveillent.
Sont-elles prêtes à être mises à l’épreuve ?
Pour se trouver,
Libre et légère,
Et répondre à cette Vie
Qui appelle à grands cris »
(MJ Céline, Le champ d’amour).

« Qui ne risque rien, n’a rien… »

Au diable le censeur qui avance la prudence et le principe de précaution comme Hitler avançait ses troupes… 

Patate !

« La trompette a sonné. Des tombes entr’ouvertes
Les pâles habitants ont tout à coup frémi.
Ils se lèvent, laissant ces demeures désertes
Où dans l’ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelgues morts cependant sont restés immobiles ;
Ils ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni l’ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne les arracheront.

« Quoi ! renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces témoins d’un malheur qui n’est point oublié,
Eux qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont souri sans pitié !

Non, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous bien embrassés.

Ah! l’heure où tu parus est à jamais bénie ;
Sur notre front meurtri, que ton baiser fut doux !
Quand tout nous rejetait, le néant et la vie,
Tes bras compatissants, ô notre unique amie !
Se sont ouverts pour nous.

Nous arrivions à toi, venant d’un long voyage,
Battus par tous les vents, haletants, harassés.
L’Espérance elle-même, au plus fort de l’orage,
Nous avait délaissés.

Nous n’avions rencontré que désespoir et doute,
Perdus parmi les flots d’un monde indifférent ;
Où d’autres s’arrêtaient enchantés sur la route,
Nous errions en pleurant.

Près de nous la Jeunesse a passé, les mains vides,
Sans nous avoir fêtés, sans nous avoir souri.
Les sources de l’amour sous nos lèvres avides,
Comme une eau fugitive, au printemps, ont tari.
Dans nos sentiers brûlés, pas une fleur ouverte.
Si, pour aider nos pas, quelque soutien chéri
Parfois s’offrait à nous sur la route déserte,
Lorsque nous les touchions, nos appuis se brisaient :
Tout devenait roseau quand nos cœurs s’y posaient.
Au gouffre que pour nous creusait la Destinée
Une invisible main nous poussait acharnée.
Comme un bourreau, craignant de nous voir échapper,
À nos côtés marchait le Malheur inflexible.
Nous portions une plaie à chaque endroit sensible,
Et l’aveugle Hasard savait où nous frapper.

Peut-être aurions-nous droit aux célestes délices ;
Non ! ce n’est point à nous de redouter l’enfer,
Car nos fautes n’ont pas mérité de supplices :
Si nous avons failli, nous avons tant souffert !
Eh bien, nous renonçons même à cette espérance
D’entrer dans ton royaume et de voir tes splendeurs,
Seigneur ! nous refusons jusqu’à ta récompense,
Et nous ne voulons pas du prix de nos douleurs.

Nous le savons, tu peux donner encor des ailes
Aux âmes qui ployaient sous un fardeau trop lourd ;
Tu peux, lorsqu’il te plaît, loin des sphères mortelles,
Les élever à toi dans la grâce et l’amour ;
Tu peux, parmi les chœurs qui chantent tes louanges,
A tes pieds, sous tes yeux, nous mettre au premier rang,
Nous faire couronner par la main de tes anges,
Nous revêtir de gloire en nous transfigurant.
Tu peux nous pénétrer d’une vigueur nouvelle,
Nous rendre le désir que nous avions perdu…
Oui, mais le Souvenir, cette ronce immortelle
Attachée à nos cœurs, l’en arracheras-tu ?

Quand de tes chérubins la phalange sacrée
Nous saluerait élus en ouvrant les saints lieux,
Nous leur crierions bientôt d’une voix éplorée :
« Nous élus ? nous heureux ? Mais regardez nos yeux !
Les pleurs y sont encor, pleurs amers, pleurs sans nombre.
Ah ! quoi que vous fassiez, ce voile épais et sombre
Nous obscurcit vos cieux. »

Contre leur gré pourquoi ranimer nos poussières ?
Que t’en reviendra-t-il ? et que t’ont-elles fait ?
Tes dons mêmes, après tant d’horribles misères,
Ne sont plus un bienfait.

Au ! tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu l’entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous oublier que nous avons vécu »
(Louise Ackermann, Les Malheureux).

Foi et religion

« On peut se passer de religion 
 mais pas de communion,
ni de fidélité, ni d’amour »
(André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme. Introduction
à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006, p. 77).

« Faut-il des religions pour édifier une humanité digne, pacifiée, joyeuse et sensée ? Non, ce n’est pas nécessaire. [… Juste que la foi] est une participation à l’engendrement à la vie de Dieu. C’est de surcroît, gracieusement, que les saveurs de l’Évangile viennent se greffer sur l’humanisation pour transfigurer l’existence et la remplir de motifs supplémentaires de gratitude, d’engagement et de joie. [… Just wow quand nous vivons nos] valeurs à la lumière transfigurante de l’Évangile » (extraits légèrement modifiés tirés de André Fossion, Dieu désirable. Proposition de la foi et initiation, Lumen Vitae, 2010, à des endroits éparses).

Aller cueillir les étoiles

Crépuscule de Guillaume Apollinaire
à Mademoiselle Marie Laurencin.

Frôlée par les ombres des morts
Sur l’herbe où le jour s’exténue
L’arlequine s’est mise nue
Et dans l’étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l’on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D’astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l’arlequin blême
Salue d’abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L’aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d’un air triste
Grandir l’arlequin trismégiste

(7e poème du recueil Alcools, 1913).