La loi du talion

Dans beaucoup d’esprits, la loi du talion a figure de pratique archaïque et barbare. En fait, nous péchons souvent par ignorance des civilisations antiques et notre appréciation commet alors plusieurs contresens. J’ai écrit toute une étude là-dessus reconnue pour sa qualité par plusieurs exégètes. 

En bref, « œil pour œil, dent pour dent » (Mt 5,38) n’est pas d’origine biblique et les Mésopotamiens d’il y a 4000 ans ne l’employaient pas dans un sens littéral (cf. le § 218 du code d’Hammourabi). La loi du talion est un progrès juridique. Il s’agit de sanctionner la violence physique par un dispositif de droit pénal. Le défi est de mettre hors-jeu les représailles arbitraires et aveugles et enrayer l’escalade des violences. Le talion prescrit à l’homme offensé une limite à sa légitime défense : seulement une dent à la place d’une dent,  « un œil (et non pas deux !) pour un œil ; une dent (et non pas la mâchoire !) pour une dent abîmée ».

« Œil à la place de œil, dent à la place de dent » (Mt 5,38), pour les civilisations bien antérieures aux Hébreux, ne demande pas du tout à être pris à la lettre. Outre un progrès juridique, bien plus tard, progressivement, la Bible témoigne que les Juifs étaient en chemin dans un double progrès supplémentaire :
1) sociologique : étendre les bienfaits d’un État de droit à davantage de catégories sociales, affirmer l’égalité de tous devant la loi ;
2) spirituel : la vie humaine n’a pas de prix et ne peut être mise en tarif. Une vie perdue, un œil perdu ne pourront jamais être validement compensés par de l’argent. La Bible affirme le « prix sans prix » de la vie humaine : « prends garde à ne pas blesser ton frère ou attenter à sa vie, car le seul prix imaginable pour son œil ou pour sa vie serait ton œil ou ta vie ! ». Ce genre littéraire de la dissuasion, de l’hyperbole amorce une preuve par l’absurde : « rien ne peut remplacer l’œil de ton frère, sinon par impossible ton propre œil ». Cela ne signifie pas : « on va te mutiler ». Cela veut dire : « ne crève jamais l’œil de ton frère ».

Pour les références exégétiques de cet article + plus de précisions notamment sur « taḥ’at » (à la place de), lire mon étude dans mon livre Tends l’autre joue, ne rends pas coup pour coup. Mt 5, 38-42, non-violence active et Tradition, Éd. Lumen Vitae & Sortir de la violence, 2008, p. 17-23.

La conscience écologique au Siècle des lumières

« Le Siècle des lumières voit naître une forme de conscience écologique, attentive à la place de l’homme dans la nature et à la préservation de celle-ci. On peut penser à Jean-Jacques Rousseau et à Bernardin de Saint-Pierre, ou à des personnages moins connus comme Pierre Poivre, qui a été administrateur de l’île de France (l’actuelle île Maurice). Des travaux récents nous permettent de redécouvrir ces débats et de comprendre que la réflexivité environnementale a une longue histoire. Plutôt que d’accuser les Lumières, nous pouvons essayer de réfléchir, aujourd’hui, à des formes de progrès respectueuses de l’environnement sans abdiquer le rôle émancipateur du savoir » (Antoine Lilti, Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle).

Extrait de « Cartes particulières des Isles de France de Bourbon et de Rodrigue », par Rigobert Bonne, hydrographe de la Marine ; dans « Atlas de toutes les parties connues du globe terrestre… », 1780.

De la vie à la mort et de la mort à la Vie

Aujourd’hui, je vais marcher avec quelques amis de Rose-Hill jusqu’à Sainte-Croix, en cette grande fête mauricienne du Père Laval (qui coïncide cette année avec une autre grande fête (hindoue) : Ganesh Chaturthi).
Je me suis dit dans ma louange de ce matin :

J’aime vivre comme si c’est mon dernier jour.
J’aimerai mourir comme si c’est mon premier jour.

J’aime vivre l’instant comme s’il est mon dernier.
J’aimerai mourir comme si c’est le premier.

Ne me chasse pas

« Ne me chasse pas ! » (Ysa Ferrer) :

Tout ça ne me dit rien qui vaille.
Tu sais que je ne suis pas de taille
à affronter tes représailles.
Un peu de peinture qui s’écaille,
ça n’est pas un train qui déraille.
Les autres n’étaient qu’un feu de paille
pour échapper à la grisaille.
Je sais que j’ai mis la pagaille.
Mais il n’y a que toi qui m’ailles.
Ne me chasse pas.
Ne me chasse pas.
Ne me chasse pas.
De chez toi, des chez moi, de chez nous
Ne me classe pas,
ne m’efface pas,
ne me casse pas.
Maintenant que je suis à genoux,
c’est sûr, je ne mérite pas la médaille.
Toi, tu as su rester sans faille.
Le temps n’est plus aux fiançailles
mais n’en faisons pas des funérailles
aussitôt après la bataille.
Il faudra bien qu’on débroussaille.
si tu veux de vraies retrouvailles.
Un amour, ça se ravitaille.
S’il y a une porte qui s’entrebâille,
je reprendrai le gouvernail.
Mais il y a un dernier détail.
Ne me chasse pas.
Ne me chasse pas.
Ne me chasse pas.
De chez toi, des chez moi, de chez nous.
Ne me classe pas,
ne m’efface pas,
ne me casse pas,
maintenant que je suis à genoux.

Ne pas toucher aux jeux de pouvoir. Recadrer sur les enjeux

Le jeu de pouvoir, c’est comme le sparadrap du Capitaine Haddock : à peine tu le touches pour t’en débarrasser qu’il te colle ici ou là.

« La meilleure manière de sortir des jeux de pouvoir est de ne pas y entrer, en évitant soigneusement d’offrir à l’autre quelque prise à partir de laquelle il pourrait s’accrocher en vue d’une emprise. De même qu’on évite de toucher du poison, de même le négociateur expérimenté se garde bien de manipuler les manipulations. Il est averti du fait que certains utilisent sciemment l’attaque personnelle, le vieil argumentum ad personam, lorsqu’ils sont en position difficile. Il connaît les antidotes aux forces centrifuges par lesquelles un conflit d’intérêts dégénère en rivalité de personnes. Il ne s’émeut pas de l’écume de la négociation, il a appris à ramener la discussion dans les eaux plus profondes des intérêts à considérer, sachant que le plus souvent, le mieux est d’ignorer les attaques personnelles, la mauvaise humeur, les plaintes, les jeux d’influence négative. Restant lui-même concentré sur le problème à résoudre, il exerce une influence positive qui entraîne l’autre à se recentrer sur les faits objectifs, les préoccupations, les motivations profondes et les intentions légitimes. Il empêche les faux problèmes de prendre le pas sur les objectifs de la rencontre. Il s’y est préparé et il a intégré les techniques qui renforcent les comportements coopératifs, son attitude droite et ferme décourage les attaques. Il sait aussi qu’une bonne part des jeux d’influence vient des murs des préjugés, des malentendus, des craintes respectives, des systèmes de défense qui font barrière.

C’est tout cela qu’il faut vaincre, et non son interlocuteur. Le bon négociateur ne se trompe pas de cible. Il a du talent lorsqu’il réussit à exploiter l’énergie des assauts pour approfondir les enjeux de fond. Il relance par une question qui repart à la recherche des informations utiles, sans prêter attention à la tentative de déstabilisation qui va simplement retourner à son auteur comme un boomerang. Bien circonscrit, un tas de braise ne s’étend pas. Il s’éteint de lui-même, se réduisant en cendres inoffensives » (Chomé Étienne, La méthode C-R-I-T-E-R-E pour mieux gérer nos conflits, Presses universitaires de Louvain P.U.L., 2009, p.137-138).

Ave César

Avē Cæsar, moritūrī tē salūtant =
Salut César, ceux qui vont mourir te saluent.
La seule attestation historiquement fondée de cette célèbre phrase date de l’an 52 : elle a été prononcée par des condamnés à mort forcés de combattre, au bord du lac Fucin, lors de la naumachie (bataille navale) reconstituée par et pour l’Empereur Claude. C’est très abusivement que la phrase a été mise dans la bouche des gladiateurs (par notamment Astérix et les petits Belges qui ont reçu largement le patrimoine des Latins pendant leurs cours ‘en Humanités’, c-à-d pendant leurs études secondaires…).

Quel est le comble pour un acteur
qui aimerait être comme un dieu ?
Réponse : jouer le rôle de Jules César
en parlant de soi à la troisième personne…

Qui joue avec l’épais, périra par les pets.
Qui joue avec mboté, périra par mmmm beauté…
(‘mboté’ en lingala signifie ‘salut !’)…

15 jours déjà…
Mboté À-l’un Delon parti vers le Large,
sur cette barge-haut,
vers cet Autre, là où, De-long en large,
?bargeot?,
tu en mènes et emmènes large ?