« J’avais l’habitude de penser que j’étais la personne la plus bizarre au monde… Et puis je me suis dit : il y a beaucoup de personnes bizarres dans le monde, alors il doit bien y avoir quelqu’un comme moi, qui se sent étrange et meurtrie comme moi… Je me l’imagine et j’imagine qu’elle aussi doit être en train de penser à moi… Si tu existes et que tu me lis, sache que, oui, j’existe et que je suis aussi étrange que toi, …à créer mon propre paradis, en puisant dans mon enfer personnel… » (Frida Khalo).
« Je suis très touché par un chapiteau médiéval qui se trouve dans la Basilique Sainte Marie-Madeleine à Vézelay, en France, où commence le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Sur ce chapiteau, d’un côté il y a Judas pendu, les yeux ouverts, la langue dehors, et de l’autre il y a le Bon Pasteur qui l’emmène avec lui. Et si nous regardons bien, attentivement, le visage du Bon Pasteur, les lèvres d’un côté sont tristes, mais de l’autre côté elles arborent un sourire » (Pape François).
Dans mon livre Tends l’autre joue, ne rends pas coup pour coup. Mt 5, 38-42, non-violence active et Tradition, Éd. Lumen Vitae & Sortir de la violence, 2008, 259 pages, j’ai mené une solide exégèse (académiquement reconnue) de la péricope Mt 5,38-42, notamment une longue Auslegungsgeschichte (étude historique de son interprétation), au terme de laquelle je conclus que l’interprétation classique selon laquelle ce serait un appel à ne pas résister trahit le mouvement des 6 antithèses (On vous a dit… Moi, je vous dis…; non seulement… mais encore…). Bref, sans développer ici, dans cette antithèse, Jésus appelle non seulement à résister pour la justice mais encore d’une manière spécifique : par d’autres moyens que la violence. En trois exemples incisifs, il propose des initiatives déroutantes retournant le système injuste contre lui-même, ce qui a pour effet de le subvertir de l’intérieur. En très résumé, tendre la joue signifie pour le subalterne non pas laisser faire et fermer les yeux mais au contraire empêcher une deuxième gifle du même ordre et amener le maître qui profite de son bon droit à ouvrir les yeux sur son abus de pouvoir social. Laisser son manteau quand l’huissier de justice vous prend tout jusqu’aux sous-vêtements, c’est se retrouver nu : de quoi toucher la conscience du riche sans scrupules, qui profite de son bon droit économique de créance. Faire mille pas de plus aux côtés d’un agent d’occupation qui profite de son bon droit de réquisition interpelle cet agent qui peut être convoqué par son supérieur pour rendre compte d’avoir dépassé la borne (plantée tous les mille pas sur les Viae Romanae) ; c’est donc une manière originale de contester avec amour ce droit que s’offre la puissance coloniale.
Dans les trois cas, Jésus enjoint ses disciples à inventer une initiative déroutante qui ne tombe pas dans le piège de la contre-violence, mais qui enraye effectivement le jeu de pouvoir logé dans la pratique admise mais injuste.
Jésus n’a pas été un politicien et il refuse tout messianisme politico-religieux. Mais il ne fuit pas le conflit ; il crée même la confrontation. Il est assertif, franc et combatif. Le ferment de l’évangile a mis quelques générations pour subvertir l’Empire romain mais il l’a révolutionné ! Car Jésus a sapé les fondements même de la domination des uns sur les autres, de l’esclavage, de l’oppression politique et économique. En ce sens, dans sa redoutable force non-violente, Jésus est plus révolutionnaire que les révolutionnaires.
Comprendre l’Évangile comme un appel à ne pas résister est à l’origine des nombreuses apories dans l’articulation de l’Évangile au réalisme politique (oui à l’Évangile mais pas…).
« Renoncer à l’usage de la force » est une formule inadéquate qui crée le dilemme entre force (sous-entendue violente) ou non-force (sous-entendue non-violente ; à vrai dire, passivité). Le défi est d’optimiser le déploiement des forces sociales, économiques, culturelles, politiques, etc., qui font effectivement reculer le seuil des violences légitimées en « dernier recours ». Voir là mon livre La non-violence évangélique et le défi de la sortie de la violence.
« Aujourd’hui, je veux rendre hommage à ma différence. Précisément à cette partie de moi si loin des autres.
À cet ennui qui vient quand tout le monde applaudit. À ce sentiment de ne pas être à ma place. À mes cellules rebelles et révolutionnaires, vraies.
Être différent est un signe d’authenticité. C’est ainsi qu’on découvre artistes, poètes, pèlerins de l’âme : par leurs diversités dont ils ne peuvent se passer. C’est le rythme de leur cœur. Un rythme souvent incompréhensible à l’entour.
Ce battement les conduit à des actions étranges, des pensées variantes, des vies mouvementées mais harmoniques, selon leurs propres lois intérieures…
Quant à moi, les masses m’effraient, m’immobilisent, m’assoupissent. Je préfère les bizarres, les fous, les sauvages de l’esprit. Ceux qui parviennent à s’écouter malgré tout le bruit du monde. Vivent ceux qui ne se laissent pas distraire, ceux qui continuent à marcher sur le chemin de leur âme, malgré les blessures, les chaînes qui retiennent, les voix qui envoûtent. Les victorieux sont ceux qui n’éteignent pas leur voix intérieure » (Elena Bernabè).
‘Oom’ en Afrique du Sud est un mot employé pour saluer un homme âgé, avec respect et affection.
The current stalemate in Ukraine bears similarities to the war waged by the Egyptians and Israelis in the 1970s. In response to the Arab attacks, Israel had invaded the Sinai, Egyptian territory, and occupied it heavily armed in order to prevent any surprising attack by Arab fighter planes.
As long as discussions remained on who was going to occupy the Sinai, talks ended in stalemate: neither party would accept to lose! Egypt demanded a complete Israeli withdrawal so as to recover its full sovereignty over the Sinai.
For Egypt, it was a non-negotiable precondition. But security is just as important for Israel!
The stalemate resides in the ‘either… or…’: EITHER Israel continues to occupy Sinai, OR Egypt recovers it. The solution is in an ‘AS WELL AS’: how to ensure that the national integrity of Egypt is restored AS WELL AS Israeli security guaranteed.
In 1978, Jimmy Carter invited the Egyptians and the Israelis to Camp David, where they spent several days. The mediators worked separately with each delegation, focusing on clarifying each side’s interests. As a result, they were able to negotiate legitimate interests and not irreconcilable positions in figuring out how to restore Egyptian national integrity whilst guaranteeing Israeli security. This approach enforced a negotiation process without a loser.
The Camp David accords returned the entirety of the Sinai to Egypt and Israel’s security was ensured by a wide demilitarized zone positioned along the border. In addition, security was supported by warning systems making use of sophisticated radars deployed by the UN forces. This is an extract from my book The C-R-I-T-E-R-E method for improved conflict management, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 275.
The more the war will kill people and destroy at all levels, the more the belligerents will calculate their progress not according to their gains but according to the losses inflicted on the enemy, the more they will move away from this Win-Win process and the more it will take time and energy to return to this inescapable process of honoring the deep and legitimate needs of both parties.
Voici une réflexion de Jean-Yves Leloup : « Quand deux grandes forces s’opposent, la victoire va à celui qui a appris à céder ». Si cette phrase de Lao Tseu reste sans doute inaudible aux Russes comme aux Ukrainiens, à Poutine et à Zelensky, peut-être seront-ils davantage sensibles aux remarques de Tolstoï, leur ancêtre commun : « Vous êtes habitués à lutter contre la mal par la violence et par la vengeance, c’est un mauvais moyen, le meilleur moyen n’est pas la vengeance, mais la bonté. Je comprends, écrit-il, que poussé, par la colère, la haine, la vengeance, la perte de conscience de son humanité, un homme puisse tuer, en défendant un être proche, en se défendant lui-même. Et je comprends qu’il puisse tuer sous l’effet d’une suggestion patriotique, grégaire, en s’exposant à la mort et participant à un meurtre collectif de guerre. Mais que des hommes, en pleine possession de leurs facultés, puissent tranquillement, de façon mûrement pesée, admettre la nécessité de l’assassinat de l’un de leurs semblables et contraindre des créatures à commettre cet acte répugnant à la nature humaine – cela, je ne l’ai jamais compris. » Ne faut-il pas commencer par là : que chacun « en pleine possession de ses facultés » ne se laisse pas emporter par la spirale de la peur et du jugement afin, d’opposer à la violence autre chose que de la violence ? Opposer plutôt le courage de la conscience, une conscience incarnée, préférant être meurtrie que meurtrière. La force invincible et vulnérable de l’humble amour ; le contraire du mouton couché, l’Agneau pascal blessé mais debout » (Jean-Yves Leloup) et ses précieuses « Graines de conscience » sur Les Odyssées de la conscience : https://elearning.jeanyvesleloup.eu/courses/graines-de-conscience
« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente » (Saint Exupéry, Lettre à un otage).
« La confiance en soi libère de la conformité » (Emerson, Self-Reliance).
La conformité est la mort de l’âme.
Copie formée, Copie qu’on forme, Copie fermée, Copie conforme, Il y a dans ces conformités, Peu de réformes. Choses ordinaires, Choses qui dorment, Qui enferment, Ou qui ronronnent, Il y a dans ces termes, Peu de réformes. Opinion majoritaire, Opinion con-forme, Auquel on adhère, Ou qu’on nous forme, Il y a dans ces filières Peu de réformes. Pensées inconscientes, Pensées sans causes, Sciences sans conscience, Ou sous hypnose, Il y a dans ces fréquences Peu de réformes. Au delà de nos coutumes De nos croyances et religions, Au regard de nos habitudes Et de nos conventions, N’y a t-il pas dans nos attitudes Une forme involontaire d’exclusion? Face à cette lignée de conformité, Académique, traditionaliste, Conservatrice ou éprise de normalité, Ne faudrait-il pas lâcher prise Et prendre conscience de nos excès Pour mieux lutter contre le conformisme ? (Jean-Stéphane Bozzo, Conformisme).
This week, a woman from Kiev had a vision in a dream: in a war-torn city, she is looking for her family. Jesus comes closer to her and she asks him to give her a hand. Jesus, from the cross, replies: “You cannot do both things together; you cannot crucify me and at the same time ask for my help. You have to choose one or the other.” When this person woke up from the vision, she told everyone around her that she had decided to choose what is essential. The Apostolic Nuncio in Kiev shared this witness on March 11, 2022.
Choose what is essential: “You won’t kill,” even if others do.
Non-violence chooses what is essential: if all the inhabitants of a country decide to hold hands in order not to cooperate with the invader, the latter will not be able to subdue them and profit from their violent assaults, all the more so if billions of humans on the planet also hold hands with them, from where they are. Weapons do not make the greatness and heroism of a person, of a nation, but here is what does: 1) their courageous determination not to cooperate with the injustices of which it is aware (and war is one of them), 2) their ability to understand and recognize the profound truth of each party, 3) the art of creating an agreement that takes it into account: a framework of law, authentic communication and effective negotiation, for a just peace. Stay on course.
When everyone is holding hands, what can the Evil One do?
Est-il tabou de toucher au mot tabou ? C’est en tous les cas un des rares mots qui signifient la même chose dans toutes les langues. What about tabou (anagrammes !) ? C’est un mot polynésien qui désigne les interdits sacrés. Le terme est parvenu à l’ensemble des humains via les carnets de voyage du capitaine Cook : sous l’influence des missionnaires chrétiens, la reine Elizabeth Kaahumanu a eu le courage, à la mort de son époux, en 1819, de lever le tabou interdisant les femmes de manger avec les hommes lors d’un banquet. Sa manière à elle d’honorer la mémoire de son époux sans laids poux !
Comment on passe de la guerre juste à la guerre sainte puis à la croisade ? 1) Au XIème siècle, les expéditions militaires étaient essentiellement un acte de solidarité de l’Occident à l’égard des frères d’Orient, menacés par l’expansion turque : une guerre justifiée par la Realpolitik, un moindre mal nécessaire pour des raisons géostratégiques. 2) Au gré de l’escalade des violences, c’est devenu une guerre sainte : en mourant dans les combats, vous devenez des martyrs de la foi chrétienne que vous protégez contre l’Islam. 3) Le terme de croisade n’apparaît qu’à la fin pour renforcer la justification de la violence : tuer et être tué devient méritoire ; cela assure le salut de votre âme. X leçons du XIème siècle pour le XXIème siècle ?
Dans la guerre 40-45, « jamais dans son histoire l’homme n’a tant rivalisé avec le diable ni tant donné de leçon à l’enfer » (André Malraux).