La place centrale de la pratique et des exercices

Suite de l’interview menée par Sophie Constant, journaliste au journal mauricien LVC, ce 27 mai 2026 :

Quelle importance accordez-vous aux exercices pratiques et aux mises en situation dans votre parcours de formation sur la gestion des conflits ?

Ils ont la place centrale ! a) En séance, chaque séquence du parcours (cycle pédagogique de 45 minutes) commence par une mise en situation et se termine par des exercices pratiques : nous recevons une clé et nous nous entraînons à la faire tourner dans nos serrures… b) Le manuel du participant propose plus de 200 exercices. c) Le livre-syllabus que les participants travaillent aussi en petits Groupes AutoGérés (soutenus par un guide du GAG) propose encore plus de 300 exercices supplémentaires.

Observe-t-on des différences dans la nature des conflits entre le cadre familial et le milieu professionnel ?

Les différences (en famille, c’est l’amour qui est l’objectif premier ; au travail, c’est la performance qui prime) ne portent pas sur les outils à employer. L’essentiel est d’apprendre à utiliser chaque outil à bon escient.

Ce sont les techniques qui nous apprennent à empêcher autrui de prendre le pouvoir sur nous et d’en tirer profit. Cette vérité parait tout aussi inutilisable à qui se fait agresser/harceler…, que les principes de natation à celui qui ne sait pas nager et qui tombe dans l’eau. L’affirmation des principes ne suffit pas : il est vrai de dire qu’un homme est capable de rester à la surface de l’eau mais à quoi sert ce principe à quelqu’un qui ne sait pas nager ? Il ne peut pas en vérifier la véracité et la validité pour lui, tant qu’il n’aura pas appris une technique de natation. C’est la méthode qui fait le lien entre le principe et l’expérience. La noyade d’un nageur inexpérimenté n’invalidera pas le principe, elle souligne ses carences en natation. Et on peut affronter des eaux d’autant plus dangereuses qu’on devient bon nageur. En bonne pédagogie, un débutant apprend à nager en piscine, pas en haute mer. Il s’agit de s’exercer à employer l’outil dans des situations « simples ». Nous serons alors capables de nous attaquer à des cas toujours plus complexes. Il en va de même dans la résolution de nos conflits. N’essayons pas d’emblée d’apprendre à nous servir de la méthode dans nos conflits les plus inextricables. Expérimentons-la dans le laboratoire qu’offrent nos tensions quotidiennes. Dans tout art, ce qui paraît difficile au débutant devient facile avec la pratique. La première heure au volant d’une automobile exige du néophyte une grande concentration. Après plusieurs mois d’entraînement, il réussit des performances cent fois supérieures à son premier essai. Et pourtant son cerveau travaille moins, comme l’ont démontré des chercheurs en neurosciences comparant l’imagerie cérébrale dans ces deux situations.

L’homme qui se demande s’il peut bien gérer ses conflits est comme l’enfant à dix mois, qui se demande s’il est capable de marcher. La difficulté est d’intégrer la méthode au point d’honorer le principe en situation de conflit. C’est la méthode qui offre la réconciliation entre la morale et l’efficacité, entre les vérités spirituelles et la dure réalité de nos conflits. Sans méthode, nous honorons nos beaux principes moraux par beau temps (il me respecte, je le respecte). Mais ils s’effondrent pitoyablement lorsque nous avons affaire à un interlocuteur revêche qui nous fait perdre pied (il me crache dessus, je lui rends pareil, si pas pire). Nous abandonnons nos principes éthiques parce que nous les trouvons alors inopérants ou irréalistes, trop abstraits ou idéalistes. Notre erreur est de mettre en cause leur validité, alors que c’est notre méthode qui fait cruellement défaut.

Des outils concrets pour améliorer nos relations

Une formation qui entraîne de nombreuses transformations. Plusieurs dizaines de milliers de Mauriciens l’ont expérimenté, depuis 1999. Le parcours (cette fois à Maurice en présentiel) cherche à fournir les fondamentaux, le kit de base, les 25 outils essentiels pour mieux gérer nos petits conflits du quotidien par une communication vraie, sincère et authentique ainsi que par une négociation efficace au sein d’un cadre de droit ajusté.

Partie d’interview publiée dans le journal mauricien LVC ce 27 mai 2026 :
Journaliste Sophie Constant : Qu’est-ce qui fait la spécificité de la méthode C-R-I-T-E-R-E par rapport aux autres approches de communication et de négociation ?

Réponse d’Étienne Chomé : La spécificité de la méthode que j’ai forgée tient dans l’articulation de trois compétences =

a) La justice / justesse de la ferme autorité parvient à faire respecter le cadre et les règles du jeu, en déjouant les diverses tactiques de prise de pouvoir des uns sur les autres.

b) L’empathie de la communication vraie améliore la relation par le respect profond des personnes. Elle dénoue leurs vécus difficiles, en faisant appel à l’intelligence émotionnelle.

c) La créativité de la négociation efficace déploie une intelligence rationnelle qui obtient de bons accords, par sa capacité à recadrer systématiquement l’échange sur la prise en compte des intérêts en présence et à inventer, à imaginer des solutions nouvelles et satisfaisantes.

Le parcours cherche à fournir les fondamentaux, le kit de base, les 25 outils essentiels pour mieux gérer nos petits conflits du quotidien par une communication vraie, sincère et authentique ainsi que par une négociation efficace au sein d’un cadre de droit ajusté.

Voici le témoignage d’une participante :

« Responsable d’une équipe de travail de 26 personnes, j’ai participé depuis une dizaine d’années à 5 formations différentes en Gestion des Conflits. Celle d’Étienne Chomé est celle qui m’a le plus aidée à cesser de me sentir systématiquement responsable des conflits qui éclatent en ma présence, à vouloir trouver les solutions de tous… J’ai pris du recul, je ne prends plus en charge et en même temps, j’obtiens de bien meilleurs résultats ! J’ai appris à faire la différence entre une colère manipulatrice et une colère qui exprime une réelle frustration, à déjouer la première, à écouter au bon endroit la deuxième. Le livre m’a permis de consolider et de compléter au fur et à mesure du parcours ce que j’apprenais et, maintenant que la formation est finie, je continue à le consulter et j’y découvre chaque fois des conseils et des éclaircissements qui me permettent d’avancer sur ce chouette chemin de liberté » (C. F., Bruxelles). 

Quelles sont les principales erreurs observées dans la gestion des conflits au quotidien ?
L’erreur est de faire l’inverse du bon comportement que voici :
C de C-R-I-T-E-R-E =
-Quand ce n’est pas les meilleur moment ni meilleur endroit ni bonne personne, avoir la sagesse de reporter, être capable de faire STOP et définir quand ce sera le meilleur moment + où + avec qui il est important de vivre un temps de qualité.
-Avoir des temps de qualité réguliers et privilégiés avec chaque personne importante pour moi, grâce auxquels ensemble nous évitons d’éviter le conflit… Oser le conflit (la confrontation d’une divergence) justement pour éviter qu’elle dégénère en violence et réflexes de domination.
 
R de C-R-I-T-E-R-E = Éliminer tous les jeux de pouvoir et réflexes de main mise, emprise, pouvoir sur/sous l’autre + se donner tout ce dont nous avons besoin pour rendre possible un dialogue sincère et authentique, qui constitue le I de C-R-I-T-E-R-E =
1) Respecter et faire respecter mon propre espace. Quand je parle en « je », je dé-couvre (= j’écarte ce qui recouvre) ce que je vis, ce que je porte en vérité, sans m’emmêler à toi. J’assume pleinement la responsabilité de ce que je ressens (ma colère / tristesse / peur est chez moi ! Elle m’appartient à 100%) et de mes besoins (« j’ai besoin que tu… » n’est pas mon propre besoin ; faire alors un U-Turn et descendre en moi, écouter ce que disent mes tripes). Je reste chez moi et ma communication te permet de me rencontrer dans mon monde.
2) Respecter et faire respecter ton propre espace. Quand je parle en « tu », je pose une question « Est-ce important pour toi de… ? », avec la seule intention de te donner la parole au bon endroit (registre des besoins), de découvrir ta planète à toi.
3) Ramener toute parole qui emmêle ton bout et le mien à son expéditeur. Une parole sur l’autre (tu-jugement, tu-reproche, tu-exigence) peut être recentrée comme une parole de soi-même et redevient alors un cadeau : prendre soin du trésor porté par soi-même. Exemple : « Tu ne me comprends pas » => « Il y a là un point sur lequel je tiens à être compris. Je souhaite avoir un espace de parole sans interruption pendant 5 minutes. Es-tu d’accord ? Oui ! OK… Et serait-ce possible qu’après ces 5 minutes, tu redises dans tes propres mots ce que tu as compris ? »
 
Une fois les besoins de chaque partie pris au sérieux, valoriser nos divers intérêts, sous la forme de : « comment faire pour que et…, et… ? ».
Après s’être mis d’accord sur cette définition du problème à résoudre, passer à T-E-R-E : l’art de passer du dés-accord à l’accord.
Trouver un maximum d’idées,
ensuite (et non en même temps) Évaluer les solutions,
ensuite Retenir la meilleure idée et la planifier avec Réalisme,
ensuite Évaluer les résultats = fixer la date de notre prochaine rencontre privilégiée.

En quoi la maîtrise des émotions et de la communication est-elle devenue essentielle face aux tensions actuelles ?

Partout et tout le temps, apprendre à apprivoiser notre vie psychique grouillante me semble être la priorité prioritaire ! Les participants à mes sessions, invités à présenter des situations conflictuelles, ont un même réflexe que je constate sur tous les continents : ils ne parlent pas spontanément d’eux-mêmes, ils parlent sur celui qui a dit une chose qui leur reste en travers de la gorge, celui qui leur « pompe l’air » et/ou qui les empêche de dormir… Quand nous collons à celui qui nous a blessés, la première étape est de démêler les bouts de chacun, de lâcher le bout de l’autre et de prendre rendez-vous avec soi-même pour prendre soin de son propre bout blessé. Sur ce chemin intérieur, nos sensations physiques et nos émotions sont de précieux cadeaux, des messagers fiables dont le rôle est de nous conduire là où se vit un blocage ou un déséquilibre en nous, afin que nous en prenions soin. C’est par la considération en douceur des boyaux tordus de notre vie psychique que nous pouvons nous délivrer de nos jugements, reproches et réflexes de contrôle sur les autres ; ces trois familles de poison relationnel sont l’amer salaire de mauvaises relations à l’intérieur de nous-mêmes. Nous les quittons d’autant plus aisément qu’avec curiosité, nous dé-couvrons (enlevons la couverture) nos propres fondements et motivations profondes. Dans cette « chasse au trésor » intérieure, les sentiments servent de panneaux indicateurs à un besoin en souffrance. Nos tripes se dénouent à mesure que nous offrons une présence pleine de respect pour chacune de nos parts. Au lieu de diriger notre attention sur l’autre en cherchant ce qui ne va pas chez lui, nous avons la liberté / la responsabilité d’écouter en nous la part qui est affectée. C’est en faisant la paix en moi-même d’abord que je pourrai aider les autres à faire la paix en eux-mêmes et que nous pourrons vivre en paix ensemble !

Suite et fin de mon relais de cette interview dans le post suivant, à propos de l’importance centrale de la pratique et des exercices.

Discorde n’est pas désamour

« L’amour véritable n’est pas en-deçà de la discorde
Il en est au-delà, par l’accueil courageux du conflit,
sans tomber dans les pièges de la violence ! »
(Cf. Chomé Étienne, La méthode C-R-I-T-E-R-E pour mieux gérer nos conflits, Presses universitaires de Louvain P.U.L., 2009, p. 35 ; disponible en français et en anglais auprès de l’auteur).

l’union fait la force

Il y a 40 ans, le 25 mai 1986, à 15h00, plus de 6 millions de personnes se sont donné la main, dans une chaîne humaine qui a traversé toute l’Amérique, à partir d’une fillette sans-abri de six ans qui se tenait à la pointe sud de Manhattan jusqu’à Long Beach, en Californie. « Hands Across America » : tant de vérités humaines expérimentées pendant 15 minutes en tenant la main à deux personnes très différentes de soi, en s’impliquant ainsi dans une mobilisation de masse pour plus de solidarité et de soins envers les plus souffrants du système économique (améliorer les banques alimentaires, les refuges, etc.).

Il y a plein de leçons à tirer sur les limites d’une telle opération.
ET une vérité à mettre en avant :

l’union fait la force !

amour & haine

Légions sont les citations sur le thème de l’amour flirtant avec la haine :

« Je l’ai trop aimé pour ne point le haïr » (Jean Racine).

« La haine est l’amour qui a sombré » (Søren Kierkegaard).

« De l’amour à la haine il n’y a qu’un pas » (Aurélie Defays).

Culotté ?

C’est en enjambant le ciel que je traverse l’océan, tel l’arc-en-ciel.

Les Chinois, eux, ont des stratagèmes culottés, qui trompent l’adversaire et le prennent au dépourvu. Dans l’art de la guerre, il est dit qu’il faut recouvrir et cacher le ciel au moment de traverser la mer : masquer pour mieux berner l’adversaire…

En chinois : 满天过海
Man 满 = cacher
Tian 天 = ciel
Guo 过 = traverser
Hai 海 = mer, océan

« Je suis surtout connu pour mon rôle de censeur.
Je trompe les cieux et traverse les mers…
Et personne ne me pose de questions à ce sujet »
(Ruan Dacheng).

Merci à ma professeure de chinois, Lew See Yin !

Comment sortir de la domination

« Le seul qui peut rendre à l’Allemagne sa grandeur, c’est le chancelier Adolf Hitler », éructe un prêtre en chair de vérité dans L’Espion de Dieu (titre original : Bonhoeffer), film de 2025.
Au bout du compte, Hitler a finalement conduit à ses plus basses petitesses son peuple et le monde entier avec lui…

Cette vérité se répète : des politiciens font miroiter des grandeurs qui n’en sont pas à bien de leurs concitoyens myopes sur cette loi d’airain : une politique de domination condamne aux dominations. Exercer des pouvoirs SUR les autres multiplie les mains mises, emprises et pouvoirs des uns SUR/SOUS les autres et des autres SUR/SOUS les uns. Ce qui les fait reculer : 1) un pouvoir POUR respecter et faire respecter le cadre de droit, 2) également un pouvoir POUR garantir les conditions rendant possible des négociations efficaces Win-Win, ces deux pouvoirs étant à articuler aux 3) pouvoirs AVEC les autres, augmentant le respect des personnes et améliorant nos relations. 

Trump a insulté la planète entière, jusque et y compris le pape, exception notable de Poutine ! Trump qui a insulté les Chinois pendant des années, file plus doux avec eux, en espérant échapper au déclin américain. Mais l’hégémonie des cow-boys dominants craque de toute part et leur coûtera très cher.

Les Chinois, eux, restent tranquilles de bout en bout, calmes et silencieux, réservés et fins stratèges. Pendant des décennies, on leur a donné peu de place au banquet occidental. Aujourd’hui, c’est à leur table que Trump quémande. Mais ses marchandages yankees, à coup d’effets de menton, tombent à plat ici…  La roue de l’Histoire tourne inexorablement, prisonnière de l’enfer humain qui croit échapper à la domination par la domination.

« Entende qui a des oreilles ! », dixit un sage qui a donné sa vie jusqu’au bout, il y a exactement deux mille ans, autrement plus révolutionnaire que tous les révolutionnaires, en sapant les fondements mêmes de la domination des uns sur les autres, de l’esclavage, de l’oppression politique et économique. L’humanité en est subvertie, même si les ferments de cette révolution-là agissent dans le temps long, discrètement efficaces à l’échelle des siècles et des millénaires, à la manière d’une forêt qui pousse…

Tous ensemble

Je reviens du Québec avec ce chant :
https://www.youtube.com/watch?v=OrJPHsrp12U

Tous ensemble,
Il me semble…
On pourrait changer le monde,
De jour en jour,
De coeur en coeur,
Par des gestes d’amour.
Tous ensemble,
Il me semble,
On pourrait changer le monde
En changeant tout d’abord son coeur.

Mais pour cela,
Ne faut-il pas, tant de fois,
Apprendre encore à être vrai?
Apprendre à se connaître,
Être avant de paraître,
S’aimer soi-même comme on est.
Garder les pieds sur terre
Et fuir l’imaginaire
Des top-modèles bien trop parfaits.

Mais pour cela,
Ne faut-il pas tant de fois,
Apprendre encore à fair’ tomber
Les murs d’indifférence,
Les murs d’intolérance,
Qui nous retiennent prisonniers ?
Plus loin que la méfiance
Croire en nos différences
Et nous pourrons mieux nous aimer.
Mais pour cela,
Ne faut-il pas tant de fois,
Apprendre encore à partager
Le temps et la tendresse,
Le talent, la richesse?
Ne rien donner, ça n’donne rien.
Le coeur est un espace
Où il y a tant de place,
Où Dieu lui-même se sent bien

(Robert Lebel , ‘Tous ensemble’
dans son album ‘Parfois j’ai peur’).

Atelier Ifs

Voici l’affiche annonçant un atelier en présentiel à l’île Maurice pour expérimenter la profonde connivence entre une démarche proprement psychologique de guérison (avec l’IFS) et la démarche spirituelle authentique de relier chacune de nos parts blessées par la vie à la Source de Vie inépuisable et surabondante…

Suivre son étoile

« Les obstacles sont ces choses effrayantes que tu vois quand tu perds de vue ton objectif » (Henry Ford).

« Le futur appartient à ceux qui voient les possibilités avant qu’elles ne deviennent évidentes » (John Sculley).

« Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel » (Reza Moghaddassi).