infobésité

« Je ne sais pas où je suis né
ni ne sais qui je suis.
Je ne sais pas d’où je suis venu
ni ne sais où je vais.
Suis branche d’un arbre détachée
qui ne sait où elle est tombée.
Où peuvent bien être mes racines ?
De quel tronc suis-je un rameau ? »
(chanson populaire de Colombie).

Dans le Larousse, infobésité  =
surabondance d’informations imputée aux chaînes d’information en continu, aux nouvelles technologies de la communication (Internet, téléphones portables, messageries, réseaux sociaux) et à la dépendance qu’elles créent chez l’utilisateur.

Subjonc’Tiff

Voici un poème qui use et abuse
de l’imparfait du subjonctif :

« Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah ! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez ! »
(Alphonse Allais, Complainte amoureuse).

NB : Alphonse Allais est l’expert des vers holorimes :

https://etiennechome.site/alphonse-allais-et-ses-vers-holorimes/ et

Notre pays alpin

Yannis Ritsos, Notre pays :
« Nous sommes allés sur la colline pour voir notre pays :
quelques pauvres terrains, des pierres, des oliviers,
des vignes qui descendent le long de la mer.
Près de la charrue, fume un petit feu.
Les habits du grand-père, nous en avons fait
un épouvantail pour les corneilles.
Nos journées s’en vont leur chemin pour un peu de pain
et beaucoup de lumière. Sous les peupliers,
brille un chapeau de paille, l’oiseau sur la clôture,
la vache dans le jaune. Comment se fait-il que
d’une main de pierre nous ayons pu aménager
nos maisons, notre vie ? Sur les chambranles de nos portes,
il y a encore la fumée des cierges de Pâques,
de toutes petites croix noires tracées, d’année en année,
par les morts qui venaient de fêter la Résurrection.
On l’aime beaucoup, ce pays, avec patience, avec fierté.
Toutes les nuits, du puits asséché, les statues sortent
avec précaution et montent sur les arbres. »

Tu as raison = tes raisons

Histoire juive : deux personnes en litige plaident leur cause devant le rabbi.
Après que le premier ait parlé, le rabbi lui dit : « Tu as raison ».
Après que le deuxième se soit exprimé, le rabbi lui dit aussi: «Tu as raison».
Un des élèves du Rabbi s’exclame : « Rabbi, il n’est pas possible que les deux aient raison ». Alors le rabbi, après un moment de réflexion : « C’est vrai, toi aussi, tu as raison ».

Distinguer soigneusement la vérité subjective des personnes où chacune a raison, sans que l’autre ait tort, de la vérité objective de la situation (que personne n’a le droit à s’approprier, que seul le groupe peut définir de manière juste). La vérité subjective des personnes évolue sur la planète de la communication vraie, sincère, authentique, où chacun.e a ses raisons, goûts, perceptions, vécus, valeurs propres…

Sauras-tu t’asseoir près de cet étang ?

« Pour atteindre la vraie profondeur, il faut
suivre des sentiers pleins de méandres,
longer des bosquets riches de secrets.
Il y a encore par-delà les feuillages,
l’humble étang avec des libellules qui l’effleurent,
des fleurs de lotus qui l’abritent.
Sauras-tu t’asseoir près de cet étang,
prêter l’oreille à ce qui y murmure,
prêter le coeur à ce qui y palpite ? »
(François Cheng, L’éternité n’est pas de trop).

En route vers des poésies organiques

« Quand vous écrivez une phrase, vous ne la réussissez pas au premier jet. Il s’agit alors de la reprendre jusqu’à ce qu’elle passe de quelque chose de mécanique à quelque chose d’organique » (Christophe Claro).

« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore, échoue mieux » (Samuel Beckett, Cap au pire, 1991).

À l’école et à l’unif, jusqu’à 21 ans, j’ai été un matheux à 100 %, ma famille regorgeant d’ingénieurs. Progressivement, de décennie en décennie, je découvre les joies de la poésie !…

L’étincelle qui me donne vie

Décisive la flamme de bougie dans une pièce enténébrée !
Sa lumière se propage délicatement,
sauf là où un objet fait paroi…

De même, l’étincelle qui me donne vie a de quoi illuminer tous les recoins de ma vie. Elle frappe à la porte de chaque membre de mon équipe intérieure et respecte sa réponse ! Certains membres, des managers, coincés dans leur réflexe de contrôler, ne veulent pas lâcher leur rôle de meneur, jusqu’au moment béni où ils acceptent le Self leadership de l’étincelle créatrice en moi…

Christos Chrestos

Dans sa « Vie de Claude », Suétone cite Χρηστός pour le Christ. Il confond χρηστός et χριστός (christos, qui signifie l’oint et même, littéralement « le graisseux » ; ce terme est choisi par les juifs hellénisés pour traduire le mot hébreu meshiah). Par contre, le premier terme χρηστός (chrestos) est encore aujourd’hui un prénom grec, qui signifie littéralement « bon, vertueux, excellent », utilisé par exemple dans « mon bon ami ». Les deux termes sont très souvent confondus.

Témoignage : « je m’appelle Χρήστος et quand je me gourais en écrivant mon nom avec un iota (Χρίστος), ma marraine me reprenait chaque fois, en disant « Χρήστος » et non « Χρίστος » qui est réservé au Messie ». Plus de précisions : http://projetbabel.org/forum/viewtopic.php?t=20009

Faire peau neuve

L’hiver qui arrive à son terme
s’est inscrit dans mon épiderme
et j’ai perdu toutes mes plumes.
Voyagent mes cicatrices
comme une flamme dans les coulisses
qui me démange et me consume.
 
Qui pourrait me sauver, me saisir, me ressusciter ?
Faites qu’apparaisse une main tendue
car je ne peux me relever et voudrais tant laver
d’une caresse mon coeur à nu
 
Faire peau neuve, peau neuve
table rase du passé
pourvu qu’il pleuve un fleuve
des trombes d’eau et d’or sacré.
 
Je mute comme la saison.
Débute ma transformation.
Je ne suis plus tout à fait la même.
C’est l’heure de mes retrouvailles
sans armure et sans médaille,
dans mon plus simple appareil.
 
De tout mon être, je bascule
dans ce flot d’amour qui m’accule.
Je veux que ne cesse cette parade nouvelle.
Je m’engouffre dans la candeur
de ce souffle réparateur
qui me résolve et me révèle.
 
Sur ma peau neuve peau neuve
je veux renaître sous une pluie dorée.
Pourvu qu’il pleuve un fleuve
sur tout mon corps abandonné.
 
Dans les effluves d’un hammam,
deux dames s’entretiennent d’Abraham.
Et plus rien d’autre autour n’existe.
Elle est sauveuse, je suis sauvée,
parfum d’argan et d’oranger,
comme seul remède à toutes mes prises.
 
Je me réveille dans la fumée.
Et dans tous mes pores embués,
se fait sentir le doux présage
d’une nouvelle éternité
d’une pluie d’or étoilée.
La lune éclaire mon visage
 
(chanson ‘Peau neuve’ par Nach ;
https://www.youtube.com/watch?v=WglbBtC55X8).