« Si vous prenez la Bible pratiquement du début à la fin, tous les personnages qui comptent, tous les héros du texte, sont des handicapés d’une manière ou d’une autre : ce sont des gens qui ont connu une faille, une brisure, avec laquelle ils ont dû composer. Par exemple, Abraham qui est un très célèbre patriarche dans la Genèse, est stérile une partie de sa vie et n’arrive pas à avoir de descendance. Et pourtant, c’est lui, la figure du père : un patriarche stérile ou en situation de stérilité. Isaac, son fils, est un visionnaire mais une partie de sa vie, il est aveugle (le texte nous le dit très clairement). Et puis, surgit son fils, Jacob. Jacob incarne la droiture, la verticalité, la rectitude… Et pourtant, une bonne partie de sa vie, nous dit le texte, il boite, c’est-à-dire que lui-même est dans le déséquilibre, tout en étant appelé à incarner la verticalité. Et ça continue… Le meilleur exemple, c’est Moïse qui est le porte-parole de Dieu dans la Bible ; vraiment, c’est lui qui doit parler au peuple. Or… il bégaie ! C’est un bègue… On pourrait se dire que c’est un hasard… Ils vont se débrouiller, malgré leur handicap… Pas du tout, je crois que les vrais leaders dans la Bible et dans l’existence, ce ne sont pas des gens qui se débrouillent malgré ce qui leur est arrivé ; ce sont plutôt des gens qui construisent vraiment avec ce qui leur est arrivé. Ils sont visionnaires parce qu’ils ont un problème de vue. Ils marchent droit parce qu’ils boitent et ils sont des bons porte-parole parce qu’ils sont bègues… Peut-être que les plus grands leaders sont des gens qui composent avec les failles… » (rabbine Delphine Horvilleur).
