« Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes ; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit » (François de Sales, Introduction à la vie de dévotion, III, 19).
Tu es mon ange précieux. Soyons enfants pré-Cieux.
Renoncer, c’est quitter ce qui enferme et encombre, pour choisir ce qui libère et sauve…
« Ce mal que tu prends pour un bonbon, tu as beau le garder caché sous la langue pour mieux le sucer, il t’empoisonne bel et bien » (traduction libre de Job 20,12-14).
« – Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? – Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie » (Charles Perrault, La Barbe bleue, 1697).
« Si la mimesis d’appropriation divise en faisant converger deux ou plusieurs individus sur un seul et même objet qu’ils veulent tous s’approprier, la mimesis de l’antagoniste rassemble en faisant converger deux ou plusieurs individus sur un même adversaire qu’ils veulent tous abattre » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, p. 35).
« Faire violence au violent, c’est se laisser contaminer par sa violence » (René Girard, La violence et le sacré, p. 46).
Au catéchisme, chaque enfant est invité à répondre à la question : « Selon toi, depuis la Résurrection, où se trouve le Bon Dieu ? » Réponse d’Antoine : « Le Bon Dieu est au Paradis ». Réponse de Sophie : « Le Bon Dieu est dans mon cœur ». Réponse de Toto : « C’est très clair ! Le Bon Dieu est dans notre salle de bains. … Parce que tous les matins, mon père se lève, va à la porte de la salle de bains et frappe plusieurs coups dedans, en criant : « BON DIEU, T’ES ENCORE LÀ ? » ».
Vivre centré = faire des choix de vie tels que s’équilibrent mon axe vertical et mon axe horizontal et que je me tienne le mieux possible en leur centre.
Si ma verticalité est très développée sans que ne suive ma base horizontale (c’est-à-dire un chemin concret de guérison personnelle et de réconciliation interpersonnelle), je risque d’être un mât sans bateau, à la dérive dans l’eau… L’Amour a à éclairer pénétrer toutes les ombres de mes cales-tombeaux.
Dans les termes inverses (belle humanité sans verticalité), je risque d’être un bateau stagnant, sans mât, sans souffle, sans avancées cruciales. Pour que mon travail thérapeutique avance joyeusement jusqu’à l’Essence-Ciel, rien de tel que d’expérimenter l’Amour, avec un grand A, qui est aussi proche de moi que la source l’est du ruisseau, que l’oxygène l’est de mon souffle, que le soleil l’est de cette étincelle de vie qui m’anime…
« Nous ne sommes que des grains de sable mais nous sommes ensemble. Nous sommes comme les grains de sable sur la plage, mais sans les grains de sable la plage n’existerait pas » (Bernard Werber).
Mieux encore que de chercher le soleil derrière les nuages de pluie, accueillir avec tendresse, l’une après l’autre, mes parts dépitées jusqu’à ce que, touchées d’être ainsi accueillies, elles fassent un pas de côté et laissent de l’espace au centre, là où brille la source de lumière en moi.
« L’amant perdu accompagna Madame d’Aiglemont partout avec la tyrannie d’une passion qui mêle son égoïsme au dévouement le plus absolu. L’amour a son instinct, il sait trouver le chemin du cœur, comme le plus faible insecte marche à sa fleur avec une irrésistible volonté qui ne s’épouvante de rien. Aussi, quand un sentiment est vrai, sa destinée n’est-elle pas douteuse » (Honoré de Balzac, La comédie humaine, p. 91).
L’amour fusionné d’un tel amant perdu ressemble à celui du bébé qui trouve le chemin du sein, par réflexe de survie. Adultes, nous sommes conviés à découvrir l’amour défusionné, lequel a sa source en Plus Grand que nous deux. Cet amour coule en l’âme qui donne et reçoit aussi simplement qu’un robinet donne l’eau qu’il reçoit, sans autre effort que d’être à la source. Cet Amour-là, au cœur de notre cœur, est inépuisable et surabondant.
Pâques transfigurée ? Un occis mort transformé en pléonasme !
Pour le dire en alexandrin :
En cette fête de la Transfiguration, voici un bel exemple de mon âme-mie Marie. L’homme en châle-leurre lui demande selon ce que lui désire. Elle a l’intelligence de ne pas s’offusquer de cette grivoiserie ; elle élève le débat, en mettant en présence de l’Invisible Présence…
« Mon cher docteur, je me mets entre vos mains. Faites de moi ce qu’il vous plaira. Voici l’histoire, longue et exacte, du mal singulier de mon âme. Je vivais comme tout le monde, regardant la vie avec les yeux ouverts et aveugles , sans m’étonner et sans comprendre. […] Je suis enveloppé de choses inconnues. […] Derrière moi. une très grande armoire à glace. Je me regardai dedans. J’avais des yeux étranges et les pupilles très dilatées. Puis je m’assis comme tous les jours. Le bruit s’était produit, la veille et l’avant-veille, à neuf heures vingt-deux minutes. J’attendis. Quand arriva le moment précis, je perçus une indescriptible sensation, comme si un fluide, un fluide irrésistible eût pénétré en moi dans une épouvante atroce et bonne. Et le craquement se fit, tout contre moi. Je me dressai en me tournant si vite que je faillis tomber. On y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans la glace ! Elle était vide, claire, pleine de lumière. Je n’étais pas dedans, et j’étais en face, cependant. Je la regardais avec des yeux affolés. Je n’osais pas aller vers elle, sentant bien qu’il était entre nous, lui, l’invisible, et qu’il me cachait. Oh ! comme j’eus peur ! Et voilà que je commençai à m’apercevoir dans une brume au fond du miroir, dans une brume comme à travers de l’eau . C’était comme la fin d’une éclipse. Ce qui me cachait n’avait pas de contours, mais une sorte de transparence opaque s’éclaircissant peu à peu. Et je pus enfin me distinguer nettement, ainsi que je le fais tous les jours en me regardant. Je l’avais donc vu ! Voilà ma confession, mon cher docteur. Dites-moi ce que je dois faire ? » (Guy de Maupassant, Lettre d’un fou).
Photo prise à Pont l’Abbé dans le Finistère (aussi à Ploudalmézeau).