« Nous entrons dans une ville comme on pénètre dans une musique : par la vibration, avant la mélodie. Il faut pouvoir explorer ses tissus, ses ourlets, ses laines, ses fibres, avant de prétendre s’en vêtir. On n’habite pas une ville avant d’en être habité, pas avant que l’odeur de ses murs ne vienne sous les ongles, pas avant que ses ombres, la nuit découpée, ne contiennent l’allongement de nos pas, nos instants de fuite, pas avant que son bord de route ou de mer ne soit le jeu de fermer les yeux, imprudemment, pour traverser une avenue, un coin de vague. La ville commence en nous comme une chanson, un peu sourde, l’aigu des coquillages sous les pieds, l’âpreté de l’asphalte. Mais ensuite, même si le couplet manque encore, la mer vient, au large puis plus près, sans aucun bruit de clé et nous submerge par cette vibration. Ainsi, pour dire vrai, sans connaître la langue d’ici sinon sur ma peau, il semblerait bien que déjà, je fredonne Ostende » (le poète belge Carl Norac, qui aime faire des photographies verbales, ici inspiré par la ville côtière d’Ostende, où il a choisi de vivre).
Je me suis tu et vous êtes venue À pas menus, comme toujours Vous faisiez semblant de n’être point là Et pourtant, c’est vous, je vous ai reconnue, Qui habitiez en moi Vous êtes venue comme un agneau Sans cri, sans écart et sans voix Comme ce je-ne-sais-quoi qui fait que c’est vous Ces pas sur le sable, sur le gravier Sur les dalles des salles voûtées Vous êtes venue comme une grande dame Quand je ne songeais plus à vous Quand ma mémoire, comme un aéroplane Planait sur d’autres pays Sur d’autres lits de fleuves asséchés De déserts où les chameaux vont ventre à terre J’avais même désespéré de vous revoir un jour jamais Pourtant, je reconnais ce pas sur le pas de ma porte Et ce je-ne-sais-quoi qui porte l’espérance si forte Et j’ai tiré mon grand chapeau Et dans mon cœur j’ai fait la révérence Et, vous ne l’avez pas vu, j’ai tressailli de bonheur Tout au fond, sans le savoir Sans savoir pour qui ni en quel honneur Vous êtes venue comme la bise qui passe sous la porte Et pénètre dans la maison de l’hiver Près du feu de bois, vous vous êtes réchauffée Et j’ai reconnu cette voix et cet éclair dans vos yeux Et ce je-ne-sais-quoi qui fait que c’est vous Le vent, avec la mer Avec tous les vents d’hiver Tous se sont tus Et vous êtes venue À pas menus, comme toujours Vous faisiez semblant de n’être point là Et pourtant, c’est vous, je vous ai reconnue, Qui habitiez en moi Julos Beaucarne
« Ô de quelle façon, avec quel gémissement nous nous sommes caressés, épaules et paupières. Et la nuit se terrait dans les chambres, comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur », telle est l’entame de Poèmes à la nuit : 22 poèmes en allemand de Rainer Maria Rilke. Dans la préface de la traduction française, Marguerite Yourcenar est inspirée : « les poèmes traduits ne sont jamais que des colombes auxquelles on a coupé les ailes, des sirènes arrachées à leur élément natal, des exilés sur la rive étrangère qui ne peuvent que gémir qu’ils étaient mieux ailleurs ».
« Le secret de la politique est de donner des espérances à tout le monde » (Victor Cherbuliez, L’Espagne politique, 1874).
« Avec une politique droite, habile, ferme, persévérante, exempte de témérité et de morgue, mais exempte aussi de timidité et d’abaissement, avec une administration simple, vigilante, économe, judicieuse, la France peut encore reprendre en Europe le rang qu’elle n’y aurait jamais dû perdre » (Émile de Girardin, Les pensées et maximes, 1867, 3 ans avant que la France ne déclare la guerre à l’‘Allemagne’ et la perde moins de 2 mois après!).
« Le génie politique fait des institutions qui forment des citoyens et créent à leur tour de nouveaux génies politiques » (Pierre-Jules Stahl, Les pensées et réflexions diverses, 1841) :
Ce 24 novembre 2021 : accord trouvé pour un gouvernement de coalition en Allemagne, avec le SPD, les Verts et les libéraux. La fin de L’ère Merkel est confirmée.
« La sensation d’être heureux ou malheureux dépend rarement de notre état dans l’absolu, mais de notre perception de la situation, de notre capacité à nous satisfaire de ce que nous avons » (Dalaï Lama, TenzinGyatso).
« Pour trouver le bonheur, il faut risquer le malheur. Si vous voulez être heureux, il ne faut pas chercher à fuir le malheur à tout prix. Il faut plutôt chercher comment – et grâce à qui- l’on pourra le surmonter » (Boris Cyrulnik, Le bonheur, une nouvelle dictature ?).
« La vertu a un voile, le vice a un masque » (Victor Hugo, Post-Scriptum de ma vie, 1901).
« Va, chante ce qu’on ose écrire. Ris, et qu’on devine, ô chanson, derrière le masque du rire, le visage de la raison » (Victor Hugo, Chansons des rues et des bois, 1865).
Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère. Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit. Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…
Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ? Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !… Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre Rien que pour aujourd’hui.
Si je songe à demain, je crains mon inconstance Je sens naître en mon cœur la tristesse et l’ennui. Mais je veux bien, mon Dieu, l’épreuve, la souffrance Rien que pour aujourd’hui.
Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle Ô Pilote Divin ! dont la main me conduit. Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle Rien que pour aujourd’hui.
Ah ! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face. Là je n’entendrai plus du monde le vain bruit Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce Rien que pour aujourd’hui
Je volerai bientôt, pour dire tes louanges Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui Alors je chanterai sur la lyre des Anges L’Éternel Aujourd’hui !…
(Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Mon chant d’aujourd’hui).
« Des oiseaux aux longs cris allaient rafler dans l’ombre les derniers parfums engourdis. Deux étoiles naissaient, humectant l’azur sombre, je me disais : le Paradis. C’est de suivre l’oiseau et de joindre l’étoile et d’appartenir à l’éther. Et mes forces cédaient comme on défait un voile, je me mélangeais avec l’air » (Anna de Noailles, Les Forces éternelles, 1920, p. 198).
« La rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons » (Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu, 1949, p. 36).
« La poésie est la première merveille du silence. Elle garde animé, derrière les images, le silence vigilant. Elle organise le poème dans le temps tranquille, dans un temps que rien ne trouble, rien ne précipite, rien ne domine, dans un temps susceptible de toutes les immatérialités, autant dire dans le temps de notre affranchissement. Le temps réel est bien faible en comparaison des temps imaginés dans les poèmes » (Banafsheh Sahih, Mahdi Afkhami Nia, Allahshokr Assadollahu, Une fenêtre sur la poétique de Gaston Bachelard à travers des vers extraits des Forces éternelles d’Anna de Noailles, 2020, p. 1).
Peut-être que la gaie ou triste turbulence est le divin secret par qui tout s’éclaircit : raison supérieure, instinct vaste et précis, possession des cœurs, des sons et du silence !
Vous qu’on nomme folie, ivresse, déraison, vous, Exaltation, flamboyante saison qui dardez vos soleils sur les routes ardues, où est la vérité quand on vous a perdue ? (Anna de Noailles, Les Forces éternelles, 1920, p. 299).
Divinité fougueuse et calme du beau temps, la même paix bénit la campagne et la ville. Profondeur d’océan dans l’espace, et pourtant je ne sais quoi de pur comme un ruisseau tranquille. Tout est pourvu, tout est complet, tout est content (Ibidem, p. 111).