Je suis sensible au fait que « mon nom » est un palindrome (un mot qui se lit de la même façon dans les deux sens), à condition d’accepter que les deux mots en forment un seul comprenant l’espace qui les sépare. J’apprécie ce mot dont l’espace central participe à dire qui je suis : d’une part une personne unique ET en même temps qui se reçoit d’une famille dont elle hérite tant de trésors et de fardeaux !
J’aime tant le jeu des mots dans cette fameuse tirade de Cyrano de Bergerac, qui est un palindrome de 14 lettres : « À révéler mon nom, mon nom relèvera ».
Si on les sépare, les mots « mon » et « nom » ne sont plus palindromes mais anacycliques, en miroir… Un mot anacyclique est un mot qui, lu de droite à gauche, forme un autre mot valide.
« mon » et « nom » sont identiques en miroir : toute une pédagogie des risques familiaux quand « tel père, tel fils » porte des fardeaux transgénérationnels : ils se transmettront inconsciemment, tant que la personne affectée ne fait pas ce travail en conscience de libération personnelle, seule capable de rompre la chaîne de malédiction que peut, pour une part, porter mon nom, non ?
« Engage le jeu que je le gagne » est une phrase palindrome de 23 lettres ! Qui fait mieux ?
« Le voyage, c’est aller de soi à soi en passant par les autres » (proverbe Touareg).
« Quel voyage voudriez-vous faire ? Celui de l’autre monde, juste un aller et retour. […] Qu’est-ce qu’une lune de miel ? Un voyage au ciel avec billet de retour » (Diane de Beausacq, Livre d’or de la comtesse Diane, 1886).
Humour belge, ça fait du bien d’être biesse (mot belge qui veut dire : bête, idiot ou maladroit ; il vient du wallon) :
« Changer le monde n’est pas ta mission. Te changer toi-même n’est pas ton devoir. T’éveiller à ta vraie nature, voilà ta chance et ta magnifique opportunité » (Mooji).
« Ne cherchez pas à posséder beaucoup de richesses sur la terre. Là, les insectes et la rouille détruisent tout. Les voleurs entrent dans les maisons et ils volent. Mais cherchez à posséder beaucoup de richesses auprès de Dieu. Là, les insectes et la rouille ne détruisent rien, les voleurs n’entrent pas et ils ne peuvent pas voler. Oui, là où tu mets tes richesses, c’est là aussi que tu mettras ton cœur » (Mt 6,19-21).
Les plus beaux palais sur cette terre ne sont rien d’autre qu’une cahute provisoire (une cahute est une petite habitation rudimentaire et précaire : une cabane, une hutte, une masure, un abri de fortune) !
« Nous appelons entêtement la persévérance des autres, et nous réservons le nom de persévérance pour notre entêtement à nous » (Alphonse Karr, 1888).
« En politique, un traître est celui qui quitte votre parti pour s’inscrire à un autre ; et un converti, celui qui quitte son parti pour s’inscrire au vôtre » (Georges Clemenceau).
« La joie intérieure réside au plus intime de l’âme ; on peut aussi bien la posséder dans une obscure prison que dans un palais » (Thérèse de Lisieux).
« Y a des gens absolument insurmontables. Ça te gêne de les savoir mammifères à part entière. Tu les préférerais reptiles ou batraciens pour bien justifier ta répulsion » (Frédéric Dard).
Le chouette couple dans l’image est peint dans une grotte perdue d’Australie, à Freshwater Cove. Les aborigènes l’appellent « cyclone cave ». Merci à l’âme-mie qui m’a partagé les photos de sa récente visite.
On dit le hibou et non l’hibou, du fait que ce mot commence par un h aspiré ! Mais dans l’image, je passe outre, pour goûter à ma saveur de répéter « dilibou » !!!
Quant à « pou-pou-pidou », ce génial gimmick sonore a été immortalisé par Marilyn Monroe dans la chanson I Wanna Be Loved by You. Cf. le film culte Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot) sorti en 1959.
Elle a repris et transformé le célèbre gimmick* « boop–boop-a-doop » d’Helen Kane dans les années 1920 !
*Un gimmick est un procédé astucieux, un effet marquant ou un petit truc original qui sert à attirer l’attention. Ex. : un gadget publicitaire qui crée le buzz, une suite de notes très simple à retenir qui ne vous quitte plus (tel un riff** réussi), une petite phrase fétiche, un détail accrocheur, un look permettant de reconnaître tout de suite une personne, un objet caché ou truqué qui permet de réussir un tour de passe-passe.
**Un riff abrège « refrain » en anglais : un court motif musical mélodique, qui se répète tout au long d’une pièce musicale, qui en fait la trame et la signature sonore. Cf. aussi en musique l’ostinato***.
***Un ostinato = un riff qui se répète en boucle**** …
Poème sur un défilé militaire en juillet (poème raccourci en bas de ce post).
Dans le faubourg planté d’arbustes rabougris, Où le pâle chardon pousse au bord des murs gris, Sur le trottoir pavé que limitent des bornes, Lentement, en grand deuil tous deux, tristes et mornes, Et vers le couchant d’or d’un juillet étouffant, Vont ensemble une mère et son petit enfant. La mère est jeune encore, elle est pauvre, elle est veuve. Résignée, et pourtant droite encor sous l’épreuve, Elle songe sans doute au sombre lendemain ; Et le petit garçon qu’elle tient par la main A déjà dans ses yeux agrandis par les jeûnes L’air grave des enfants qui s’étonnent trop jeunes.
Ils marchent, regardant le coucher du soleil. Mais voici que, parmi le triomphe vermeil Des nuages de pourpre aux franges d’écarlate, Là-bas, soudaine et fière, une fanfare éclate ; Et, poussant devant eux clairons et timbaliers, Apparaissent au loin les premiers cavaliers D’un pompeux régiment qui vient de la parade. Des escadrons ! mais c’est comme une mascarade. Les enfants et le peuple, hélas ! enfant aussi, S’arrêtent en chemin pour les voir. Or ceux-ci Sont très beaux ; et le fils de la veuve regarde. Lui qui vécut dans les murs froids d’une mansarde, Il n’a jamais rien vu de tel. Il est hagard ; Et sa mère lui dit, bénissant ce hasard, Et distraite, elle aussi, de ses rêves austères : « Restons là. Nous verrons passer les militaires. »
Ils s’arrêtent tous deux ; et le beau régiment, Sombre et pesant d’orgueil, défile fièrement. Ce sont des cuirassiers ; ils vont, musique en tête, Répandant à l’entour comme un bruit de tempête. Les casques sont polis ainsi que des miroirs ; Les sabres sont tirés. Tous les chevaux sont noirs ; Ils ont la flamme aux yeux et le sang aux narines. – Les cuirasses d’acier qui bombent les poitrines Jettent à chaque pas des éclairs aveuglants ; Et les lourds escadrons, impassibles et lents, Se succèdent, au pas, allant de gauche à droite, Avec leurs officiers dans la distance étroite, Si bien que le passant, sur la route arrêté, Cependant qu’il peut voir s’éloigner d’un côté Des croupes de chevaux et des dos de cuirasses, Voit de l’autre, marchant de tout près sur leurs traces, S’avancer, alignés comme par deux niveaux, Des casques de soldats et des fronts de chevaux. Et ce spectacle est plus sublime et plus farouche Dans la rouge splendeur du soleil qui se couche.
Mais, l’œil tout ébloui des ors et des aciers, L’enfant cherche surtout à voir ces officiers Qui brandissent, tournés à demi sur la selle, Leur sabre dont la lame au soleil étincelle, Et sont gantés de blanc ainsi que pour le bal, Et commandent, tandis que leur fougueux cheval, Se rappelant sans doute une ancienne victoire, Secoue avec orgueil son mors dans sa mâchoire. Et plus que tous ceux-là l’enfant admire encor Le plus jeune, qui n’a qu’une aiguillette d’or Et marche dans les rangs ainsi qu’une recrue, Mais qui semble toujours à la foule accourue Le plus heureux, le plus superbe et le plus beau, Car il porte les plis somptueux du drapeau.
Le régiment défile, et l’enfant s’extasie. Craintif et se tenant à la jupe saisie De sa mère, il admire, avide et stupéfait, Et tremble. Mais alors celle-ci, qui rêvait, Le regarde, et soudain elle devient peureuse. La pauvre femme, qui naguère était heureuse Que pour son fils ce beau régiment paradât, Craint maintenant qu’il veuille un jour être soldat ; Et même, bien avant que ce soupçon s’achève, Son esprit a conçu l’épouvantable rêve D’un noir champ de bataille où dans les blés versés, Sous la lune sinistre, on voit quelques blessés, Qui, mouillés par le sang et la rosée amère, Se traînent sur leurs mains en appelant leur mère, Puis qui s’accoudent, puis qui retombent enfin ; Et, seuls debout alors, des chevaux ayant faim Qui, baissant vers le sol leurs longs museaux avides, Broutent le gazon noir entre les morts livides !
Elle entraîne son fils ; elle a le cœur glacé. Et, bien que le brillant régiment soit passé Et qu’au coin du faubourg tourne l’arrière-garde, L’enfant se plaint tout bas, et résiste, et regarde Son rêve qui s’enfuit, espérant voir encor Là-bas, dans la poussière, une étincelle d’or, Et détestant déjà les amis et les mères Qui nous tirent loin des dangers et des chimères.
(François Coppée, Le défilé dans Poèmes modernes).
Poème raccourci : « Dans le faubourg planté d’arbustes rabougris, Où le pâle chardon pousse au bord des murs gris, Sur le trottoir pavé que limitent des bornes, Lentement, en grand deuil tous deux, tristes et mornes, Et vers le couchant d’or d’un juillet étouffant, Vont ensemble une mère et son petit enfant. […] Ils marchent, regardant le coucher du soleil. Mais voici que, parmi le triomphe vermeil Des nuages de pourpre aux franges d’écarlate, Là-bas, soudaine et fière, une fanfare éclate ; Et, poussant devant eux clairons et timbaliers, Apparaissent au loin les premiers cavaliers D’un pompeux régiment qui vient de la parade. Des escadrons ! mais c’est comme une mascarade. […] Et distraite, cette mère, de ses rêves austères : « Restons là. Nous verrons passer les militaires. » Ils s’arrêtent tous deux ; et le beau régiment, Sombre et pesant d’orgueil, défile fièrement. Ce sont des cuirassiers ; ils vont, musique en tête, Répandant à l’entour comme un bruit de tempête. Les casques sont polis ainsi que des miroirs ; Les sabres sont tirés. Tous les chevaux sont noirs ; Ils ont la flamme aux yeux et le sang aux narines. – Les cuirasses d’acier qui bombent les poitrines Jettent à chaque pas des éclairs aveuglants ; Et les lourds escadrons, impassibles et lents, Se succèdent, au pas, allant de gauche à droite, Avec leurs officiers dans la distance étroite, Si bien que le passant, sur la route arrêté, […] Et ce spectacle est plus sublime et plus farouche Dans la rouge splendeur du soleil qui se couche. […] …Que pour son fils ce beau régiment paradât, Craint maintenant qu’il veuille un jour être soldat ; Et même, bien avant que ce soupçon s’achève, Son esprit a conçu l’épouvantable rêve D’un noir champ de bataille où dans les blés versés, Sous la lune sinistre, on voit quelques blessés, Qui, mouillés par le sang et la rosée amère, Se traînent sur leurs mains en appelant leur mère… »
Il y a 500 ans, « verser un pot de vin » ne signifiait pas corrompre. C’était saluer le bon service ou l’encourager, en offrant au serveur de quoi s’acheter un verre, donner un pourboire (= une pièce d’argent ‘pour boire’). Autre image semblable : graisser la patte de quelqu’un pour bien le disposer.
Un État est d’autant mieux un État de droit que chaque mandataire politique a des comptes à rendre clairement / que ses comptes sont strictement contrôlés. Voici un propos en ce sens d’il y a près de 500 ans :
« Ces accusés sont incapables d’expliquer raisonnablement la source de leur enrichissement extraordinaire et rapide. L’ambiguïté des explications doit être la preuve même de la malversation (Ipsapeculatussitplenaprobatio). Quand une couleur non naturelle s’attache à l’or, elle dissimule à coup sûr des artifices. Apparences et présomptions nous permettent d’habitude de démontrer les crimes cachés. En la matière, l’information des hommes se heurte à mille supercheries et l’erreur imprévue comme le mensonge spécieux nous guettent sous des dehors trompeurs » (Guy Coquille publiant en 1703 des propos tenus en 1577, lors des États de Blois !).