Les antiques (multiséculaires) wagons (dont certains de deux étages) du tramway historique d’Alexandrie vont bientôt cesser de circuler. Tristesse de perdre ce charmant véhicule qui longeait la belle côte méditerranéenne tel « cette masse lumineuse glissant sur ses rails comme un navire égaré sur la terre ferme » (la formule est de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988).
« La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent… […] Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es » (Jean Anthelme Brillat-Savarin).
« Ne t’inquiète pas » : l’intention est bonne et pourtant, la formule est malheureuse : 1) elle est négative « ne… pas… » (il est toujours préférable d’opter pour un langage positif d’action), 2) avec un verbe à l’impératif (il est toujours préférable d’opter pour une proposition qui honore la liberté de l’autre), 3) elle commande une émotion (une émotion ne se commande pas ; elle est un clignotant précieux qui s’allume sur mon tableau de bord interne, indépendamment de ma volonté, pour m’alerter et m’inviter à prendre soin de ce qui est en manque).
Plutôt que de dire « ne t’inquiète pas », je peux choisir parmi deux démarches : a) je communique en « je » ma confiance, mon assurance, ma disposition à prendre soin du souci actuel ; b) j’écoute l’autre dans ses propres vécus et besoins, pour en prendre soin ensemble.
Sous forme de slogan : quand on erre, a) je gère ; b) tu digères ?
Travailler pour des prunes = pour rien, sans résultat (l’expression remonte aux croisades du XIIᵉ siècle : les croisés étaient revenus bredouilles de Damas, excepté de piètres pruniers rapportés dans leurs sacs).
Par ailleurs, la prune est utilisée comme un projectile. D’où ramasser une prune = prendre un coup ; prendre une prune = recevoir une contravention.
Et pour la route : avoir une tête de pruneau = avoir un visage marqué, ridé.
Un professeur qui cherchait à avoir la paix pour un bon moment demanda à sa classe de calculer la somme de 1 à 100.
Un des élèves, dans un éclair fulgurant, vit comment simplifier le travail : 1 + 100 = 101 2 + 99 = 101 3 + 98 = 101 … Donc, multipliant 101 par 50, il donna facilement et rapidement la réponse.
Il s’appelait Gauss, il avait 8 ans, en route vers la fameuse courbe de Gauss !
C’est en enfermant une souris sous une cloche avec une plante qu’il y a 250 ans, Joseph Priestley devint sûr que la plante « répare » / « rafraîchit » l’air ; elle nous aide à respirer plus longtemps dans un espace sans air. Cette expérience l’a conduit à comprendre qu’une plante produit une substance indispensable à la vie animale, ce que nous appelons aujourd’hui l’oxygène.
Dans la foulée, en 1779, Jan Ingenhousz comprend que la lumière aide les plantes à « purifier » l’air. Juste après, à Genève, Jean Senebier montre que les plantes absorbent le CO₂ !
Et dire que c’est la bête expérience de Priestley qui a mis les hommes sur la piste de la photosynthèse. Vive la curiosité…
L’invention en sciences est stimulée notamment par les capacités de
1) regarder autrement, changer de perspective, réussir une construction mentale :
c’est en réalisant dans sa tête une expérience impossible à réaliser en pratique (deux objets glissant sans frottement sur un plan incliné infini) que Galilée a mieux compris les lois du mouvement et la chute des corps ;
c’est en se demandant ce qu’il verrait en chevauchant un rayon de lumière qu’Einstein a accouché de son hypothèse de relativité restreinte ;
2) faire des liens que personne n’avait faits et oser des hypothèses audacieuses, même apparemment farfelues et fortement critiquées :
c’est en regardant la découpe des continents comme un puzzle que Wegener a eu l’idée créative qu’ils avaient été d’abord soudés et qu’il a formulé l’hypothèse de la dérive des continents (une idée jugée folle à l’époque qui deviendra la tectonique des plaques) ;
3) inventer des modèles ou créer un instrument / un outil qui permet de voir ce qu’on ne voyait pas encore :
c’est en bricolant des maquettes en carton et en métal que Watson & Crick ont testé différentes formes possibles de la molécule, jusqu’à visualiser la double hélice de l’ADN ;
c’est en représentant les décisions humaines comme des stratégies mathématiques que Von Neumann et Morgenstern ont pu modéliser les comportements humains et créer la théorie des jeux ;
4) transformer un bug en opportunité, un accident en riche expérience :
c’est en ayant de la curiosité pour une expérience ratée (un champignon avait contaminé une boîte de culture) que Fleming a suivi cette piste hasardeuse fournie par hasard, jusqu’à découvrir la pénicilline.
‘Gargouille’ est une onomatopée primitive : « garg- » (bruit de gorge) + « goule » (gueule) => « gueule qui gargouille ».
Et quand ces bruits montent des profondeurs grouillantes de l’estomac, on parle de gargouillis !
Quelle intéressante réalité que les gargouilles : 1) elles rendent grand service en déversant l’eau de pluie loin des murs, pour protéger les fondations ; 2) elles ont forme monstrueuse, figure fantastique, symbolisant les dangers du Mal et de ses tentations !?
Cette ambivalence entre bienfaits et dangers est si fréquente : l’eau (un cyclone est essentiel pour bien des îles car il leur apporte de grandes quantités d’eau douce ET ses vents de 2 à 300 kms/h. peuvent tout balayer), le feu purificateur ET destructeur, la mère nourricière ET possessive, la technologie source de progrès ET arme d’oppression aux mains des malveillants, le temps (chance ou malchance ? ; Janus aux deux visages), etc.
Une fusée qui quitte la terre ne cherche pas tant à monter qu’à entrer en orbite. Elle monte verticalement uniquement pour traverser les couches les plus denses de l’atmosphère (où les frottements sont les plus importants). Et dès que l’air se raréfie, elle amorce son « virage gravitationnel », suivant une trajectoire qui dessine un bel arc dans le ciel, utilisant la gravité terrestre pour changer de direction avec un minimum de carburant. Le jeu consiste à tomber vers la Terre, tout en allant assez vite pour que ma chute rejoigne la courbure de la planète.