Le supplice de Tantale

Tantale est un des fils bâtard de Zeus (sa maman est une nymphe) qui s’est méconduit au point d’être condamné à vivre dans le Tartare au milieu d’un fleuve et sous des arbres fruitiers, sachant que le cours du fleuve s’assèche quand il se penche pour en boire, et le vent éloigne les branches de l’arbre quand il tend la main pour en attraper les fruits (c’est ce que racontent Homère dans son Odyssée et Télès dans ses Diatribes).

Nous répétons le « supplice de Tantale » chaque fois que nous faisons miroiter une chose désirable à quelqu’un, tout en l’empêchant d’en bénéficier…

Sens du shabbat

Shabbat signifie « cesser ». Le Shabbat est bien plus qu’un repos, en mémoire du repos divin, le 7ème jour de la création ; c’est une rupture radicale avec tout ce qui nous accapare la semaine : les Juifs arrêtent le téléphone, l’internet, la TV ! Ils se libèrent de tous leurs engrenages quotidiens… Un vide pour mettre au premier plan l’essentiel et avoir le courage de dire « Assez ! » à tout le reste… Un espace privilégié pour prendre le temps de recevoir les inspirations de la semaine à venir.

Inspirant pour les chrétiens le dimanche ? + pour toute personne connectée à la Source ?

« Même si notre âme est angoissée, même si nos gorges serrées ne laissent s’élever aucune prière, le pur et silencieux repos du Shabbath nous mène vers un royaume de paix infinie, au seuil de l’éternité. Il est peu d’idées au monde chargées d’autant de force spirituelle que l’idée du Shabbath. Dans bien des siècles, lorsque de toutes nos théories ne subsisteront même plus les traces, la splendeur du Shabbath illuminera encore l’Univers » (Abraham Heschel, Les Bâtisseurs du temps).

Bon pied, bon oeil

Au Moyen-Âge, on utilisait l’expression « de bon oeil », qui signifiait « avec franchise ». Ensuite, du XVIe au XVIIe siècle, on employait « aller de bon pied » pour dire que l’on marchait à bonne allure. C’est au XVIIe siècle qu’est née l’expression « bon pied, bon oeil » dans laquelle le bon pied symbolise la stabilité + la rapidité et le bon œil dit la vue perçante. Avoir « bon pied, bon oeil » signifie donc que l’on est en bonne santé, que l’on reste vif malgré l’âge.

Écho, la nymphe 

« C’ est todi li ptit k’ on spotche / språtche » (proverbe wallon : c’est toujours les petits qu’on écrase).

Dans la mythologie grecque, Écho est une nymphe chargée par Zeus (le big boss) de distraire sa femme, Héra, pendant qu’il la trompe. Ainsi, Écho entraîne Héra dans des conversations sans fin, jusqu’à ce que l’épouse comprenne la manœuvre de diversion et punisse la nymphe en la réduisant au mutisme, à une exception près : Écho n’ouvrira la bouche que pour répéter les derniers mots qu’elle vient d’entendre !

Face à  Zeus, d’un machisme constant, deux constantes chez Héra : 1) se venger pour chaque infidélité de son mari ; 2) sans jamais s’en prendre à lui en direct (elle attaque les amantes, enfants qui en naissaient…).

En écho à Héra et Zeus : « Le mariage est la principale cause de divorce » (Groucho Marx) !

Point de guerre juste

Ceci est la suite de mon post autour du livre Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf. Derrière les arguments religieux, fournissant l’habillage idéologique justifiant la guerre qu’on veut mener, c’est l’histoire tristement répétée des mâles humains qui se lancent dans une guerre quand ils estiment que le rapport des forces en géopolitique penche à leur avantage. Les Occidentaux à l’offensive au cours de ces neuf ‘croisades’ les XIe, XIIe et XIIIe siècles, eurent à subir de lourdes contre-offensives les trois siècles suivants, jusqu’à la bataille de Lépante, signant la défaite pour longtemps des Arabes ; jusqu’à leur réveil, devenu possible grâce au pétrole. Ainsi en va le monde qui passe : un jeu de conquêtes et de contre-conquêtes, selon la loi du plus fort…

Ces invasions franques au début du Millénaire passé ont exactement les mêmes ressorts de pouvoir de domination que le choc de nos civilisations d’aujourd’hui (cf. les parallèles de Maalouf dans sa conclusion), avec, entre les deux, les colonisations et néocolonisations…

De quoi donner le tournis à qui joue à « Qui assaille qui ? »… 

Les Croisés francs

Les termes de ‘croisés’ et de ‘croisades’ sont des anachronismes du XIVe siècle. Ils sont forgés plusieurs générations après qu’eurent lieu ces expéditions militaires, ces ‘pèlerinages’ en armes, pendant lesquelles les Arabes ne se battaient pas contre les Chrétiens mais contre ces « Franj », venus des Royaumes francs, nous dit Amin Maalouf dans son précieux livre Les Croisades vues par les Arabes. La « racaille franque, barbare et rustique » suivie, dans une deuxième vague, par ses chevaliers cuirassés et plus aguerris, ont cherché il y a près de mille ans à occuper le Saint-Sépulcre et les Lieux saints de Jérusalem. Dire que, mille ans après, on parle de l’occupation de la Palestine par les Juifs !

Documents à l’appui, Amin Maalouf montre la principale des « infirmités » du monde arabe, avec ses roitelets locaux et ses peu puissants califes : les peuples arabes ont mis beaucoup de temps à s’unir et à repousser l’agresseur, du fait qu’ils étaient dirigés par des étrangers (Turcs, Arméniens, Kurdes…).

Pour croiser les regards arabes et francs, cf. aussi Franck Mimar, Croisades et pèlerinages. Récits, chroniques et voyages en Terre sainte, en plus d’Amin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes.

Notre pays alpin

Yannis Ritsos, Notre pays :
« Nous sommes allés sur la colline pour voir notre pays :
quelques pauvres terrains, des pierres, des oliviers,
des vignes qui descendent le long de la mer.
Près de la charrue, fume un petit feu.
Les habits du grand-père, nous en avons fait
un épouvantail pour les corneilles.
Nos journées s’en vont leur chemin pour un peu de pain
et beaucoup de lumière. Sous les peupliers,
brille un chapeau de paille, l’oiseau sur la clôture,
la vache dans le jaune. Comment se fait-il que
d’une main de pierre nous ayons pu aménager
nos maisons, notre vie ? Sur les chambranles de nos portes,
il y a encore la fumée des cierges de Pâques,
de toutes petites croix noires tracées, d’année en année,
par les morts qui venaient de fêter la Résurrection.
On l’aime beaucoup, ce pays, avec patience, avec fierté.
Toutes les nuits, du puits asséché, les statues sortent
avec précaution et montent sur les arbres. »

Bonnet phrygien : s’affranchir de nos esclavages

Les petits bonnets phrygiens ont été choisis comme mascottes des jeux olympiques de Paris 2024.

Au temps des Romains, le bonnet phrygien est porté par ceux qui brisent leurs chaines, pendant les cérémonies d’affranchissement des esclaves.

Symbole de libération, ce bonnet se trouve sur le drapeau de l’État de New York et est porté par les ‘sans-culottes’ de la Révolution française, jusqu’à Marianne, partout représentée dans les mairies françaises.

Percez-verrez

« De même que les grenouilles vont dans le fossé
 et les poissons dans l’étang rempli d’eau,
le bonheur vient se donner tout entier
à l’homme qui persévère »
(sentence tirée de l’Hitopadesha, en sanskrit हितोपदेशः, qui signifie « L’Instruction utile » ; recueil de fables indiennes).

« À force de demander son chemin, on finit par trouver La Mecque » (Proverbe turc).

Y a qu’à haka

Impressionnant le haka de Hana-Rawhiti Maipi-Clarke, cette députée maorie de 21 ans, les yeux exorbités et le torse gonflé, pour prêter serment et appuyer son premier discours enflammé au parlement néozélandais. Son haka fut soutenu par des dizaines de Maoris dans les balcons. Ils veulent le maintien des droits des peuples autochtones, alors que le Premier Ministre veut abolir des lois qu’il juge rétrogrades et racistes car « encore fondées sur l’appartenance à un peuple particulier ».

Depuis 1905, les All Blacks néozélandais arrivent sur le terrain de rugby en excitant leur combativité à l’aide du célèbre rituel Haka, cette danse des Maoris – style gorille se frappant la poitrine – pour impressionner un maximum les adversaires.

Le mot ‘haka’ signifie littéralement ‘faire’ ;
comme quoi, y a qu’à / yaka haka faire popo…
(‘pó pó’ & ‘gōng gōng’ = grand-parents en langue hakka ;
c’est en Chine et c’est une autre histoire !
‘yaka awa’ = ‘viens ici’, en lingala ; encore une autre histoire !).

Quel est notre haka à nous ?

NB : Les Australiens, eux, ont leur « chant de combat des kangourous » : le « Wallee Mullara Choomooroo Tingal ». Et voilà que l’équipe des rugbymen français a adopté comme cri de ralliement le cri des spartiates mis en scène dans le film « 300 » de Z. Snyder.