R.I.P. tramway d’Alexandrie

Les antiques (multiséculaires) wagons (dont certains de deux étages) du tramway historique d’Alexandrie vont bientôt cesser de circuler. Tristesse de perdre ce charmant véhicule qui longeait la belle côte méditerranéenne tel « cette masse lumineuse glissant sur ses rails comme un navire égaré sur la terre ferme » (la formule est de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988).

Cf. Le dernier train de Mohamed Salmawy.

Du pétrodollar au pétroyuan

« Gagner sans combattre est le sommet de l’art de la guerre » (Sun Tzu). Ci-dessous un exemple ?

Voici un exposé de Géopolitique mondiale (https://geopolitiquemondiale.com/) que je contracte (divisé par deux).

Du pétrodollar au pétroyuan : le basculement silencieux d’Ormuz.

Au détroit d’Ormuz, les bateaux amis (chinois, indiens, pakistanais…) et neutres sont autorisés par les Gardiens de la Révolution à passer. La liste des invités redessine la carte des puissances mondiales.

Chaque navire qui passe en payant en yuans fragilise l’architecture du pétrodollar. Chaque jour où ce système fonctionne prouve que le commerce mondial de l’énergie peut s’effectuer en yuans, via un point de passage stratégique non occidental — même en temps de guerre.

Cette démonstration ne disparaîtra pas avec la fin du blocus. Ce système de paiement en yuans, né sous contrainte, peut devenir un modèle en temps de paix.

Pékin n’a tiré aucun coup de feu, n’a déployé aucun soldat, n’a exposé aucun actif. La guerre menée et financée par les États-Unis contribue, paradoxalement, à construire l’infrastructure financière dont la Chine pourrait hériter une fois les combats terminés.

Le détroit sépare désormais les nations en deux catégories : celles qui paient en yuans, et celles dont les bateaux attendent devant le détroit d’Ormuz. Et l’écart entre les deux se mesure dans une monnaie que ni Washington ni Jérusalem ne contrôlent. Le détroit devient un lieu d’audition pour le prochain ordre monétaire.

S’égarer s’est garé

Kant te dit : « personne ne peut penser ou vouloir à ta place ».
Sartre ajoute : « t’es condamné à être libre et à choisir toi-même ».

« L’erreur n’est pas un détour mais une étape essentielle
d’apprentissage sur le chemin de vie »
(Jane Nelsen, La discipline positive).

« Ne demande pas ton chemin
à celui qui le connaît.
Tu risquerais de ne pas t’égarer »
(Nahman de Brastlav, rabbin, 1772 – 1810).

danser sous une capote

« Le braconnage de la misère n’est pas un fléau qui partira tout seul, Madame, à l’égocharité qui ne dit pas son nom. […]
Lui et les siens étaient des proies idéales pour ces messies qui se présentaient armés d’un sourire, sans capote ni kalachnikov, et qui finissaient par les baiser sans le moindre état d’âme. […]
Or les diamants, chacun le sait, ne sont pas éternels. Pareil pour le pétrole, le cuivre ou même le coltan. Ils s’épuiseront beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit, tandis que les pauvres seront toujours parmi nous, faisant de la misère une ressource éternelle, un produit sûr, une valeur refuge, l’or noir réinventé, pour tout dire. Cette pauvreté extrême, ces tragédies humaines que d’aucuns vous envient sans le dire au point de les piller pour cumuler les distinctions honorifiques, au nom de la philanthropie, et les gains en Bourse, au nom du libre-échange, il est temps qu’elles vous profitent. Il est grand temps que les pays comme le vôtre, qui abritent l’extrême pauvreté à profusion, puissent vivre des ventres ballonnés qu’on montre sur les écrans du monde entier, en percevant un pourcentage déterminé au titre des droits liés à l’image, en dollars américains de préférence, tant et aussi longtemps que l’ère du yuan se fera attendre » (Blaise Ndala, Sans capote ni kalachnikov, notamment sur la marchandisation de la misère dans l’Afrique des Grands Lacs, où la guerre sert à en exploiter les richesses minières).

Décapoter : l’inverse de capoter, qui signifie :
1.
Garnir d’une capote (capoter une voiture, fermer sa capote).
2.
Être renversé, se retourner (la voiture a capoté).
3.
Échouer (le projet a capoté).
4.
Au Québec, devenir un peu fou => adorer quelque chose, kiffer / tripper, s’extasier.

À propos de l’art de savourer la vie même dans l’épreuve : « danser sous la pluie » se dit parfois en argot « danser sous une capote ». Invitation à danser un slow-gant dans notre déca.potable ?

ViveALDI

Expression courante en Belgique :
« À vitesse vv prime (vv’) » =
vitesse (v) multipliée par l’accélération (v’) !

Les quatre saisons de Vive ALDI (ALDI = ALbrecht DIscount), success story basée sur le minimum de frais : aménagement très sobre, mise en place invariable, aucune dépense inutile :
1) 1913 : Anna Albrecht ouvre une petite épicerie familiale à Essen, en Allemagne ;
2) 1946 : ses fils, Karl et Theo, reprennent le commerce et développent le concept de proposer une gamme limitée de produits à bas prix, rencontrant un succès immédiat ;
3) 1962 : le nom ALDI est créé, avec la devise : « Qualität ganz oben, Preise ganz unten » / « Une qualité supérieure, des prix inférieurs » / « La meilleure qualité à prix discount » / « Le choix malin » ;
4) 1984 : le tournant international et l’ouverture aux produits non alimentaires.

Vive Aldi => Vivaldi bien sûr, dont l’illustration montre les quatre portraits :
1) Vivaldi Antonio Lucio, qui composa les quatre saisons ;
2 ) Venise où il naît (1678) ;
3 ) Violoniste de son métier ;
4 ) Vienne où il meurt (1741) !

Et tout ça juste pour le plaisir d’Ouistiti en moi, qui a sauté d’une branche (les 4 saisons de Vivaldi) à l’autre (les 4 saisons de Vive Aldi). Prochain post : success story sur comment passer de la feuille A4 à l’Audi A4 !…

Image :
1) Portrait fourni par History & Art (Getty Images) ;
2 ) portrait de Vivaldi en 1725 (gravure sur cuivre de François Morellon de La Cave)
3) portrait de Vivaldi (esquisse de Pier Leone Ghezzi, bibliothèque Apostolique Vaticane, Cité du Vatican).
4) portrait d’un violoniste vénitien du XVIIIe siècle, généralement considéré comme étant celui de Vivaldi (museo Bibliografico Musicale, Bologne).

Goma sous le gouvernement du M23 ?


Je viens de passer à Goma pendant mon séjour dans la Région des Grands Lacs et je relaie ici fidèlement les points de vue de 5 habitants de Goma.

Points positifs : c’est la fin des vols à main armée. Nous étions visités quasi chaque semaine dans des cambriolages parfois très violents. C’est maintenant la sécurité. En outre, la ville est beaucoup plus propre. Et la cohésion sociale entre ethnies est bonne. Nous en sommes positivement surpris…

Points négatifs : nous avons perdu nos emplois, nous sommes à la maison (mécanismes de survie et résiliences par un petit poulailler / culture de mon jardin). Les Institutions nationales sont inopérantes, l’aéroport est fermé, comme les banques (tout l’argent ayant été envoyé à Kin). Notre argent sur un compte en banque n’est pas accessible. Financièrement, c’est très dur. La facture d’électricité a été multipliée par 4. Les taxes augmentent et se multiplient.

unité ubuntu

« Il y a un ‘nous’, un peuple qui sait qu’il ne parle pas d’une seule voix. Cela peut paraître trivial, mais c’est très difficile à construire. Le seul ‘nous’ viable, à mon sens, est le nous polyphonique : un ‘nous’ capable d’entendre les voix diverses qui le composent. Dans le monde juif, c’est un sujet de tension permanente ! Certains veulent à tout prix s’imaginer un groupe monolithique, uni dans ses pratiques ou ses convictions. […] L’eschatologie renvoie à l’image de la tour de Babel, ou de Sodome et Gomorrhe… c’est-à-dire à des mondes qui s’achèvent, qui ne sont pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, à chaque fois reposant sur des enjeux éthiques : Babel s’effondre parce que les hommes ne parlent que d’une seule langue, alors que le projet divin est qu’ils en parlent plusieurs. Quant à Sodome et Gomorrhe, il n’y a pas de faute à caractère sexuel, contrairement à la lecture communément admise : Sodome s’effondre car elle est incapable d’accueillir l’étranger, ne partage plus les richesses, mais les garde pour elle » (Delphine Horvilleur, rabbin en France).

BBC be BC

« Si vous divisez la mort par la vie,
vous obtenez un cercle »

(Colum McCann dans son roman Apeirogon qui symbolise ainsi le cycle perpétuel et infernal, dans lequel une mort en entraîne une autre : le cercle vicieux de nos violences stimulées par nos deuils tragiques… Diviser la mort par la vie n’égale pas zéro qui met fin ; ça égale un cercle délétère dont le cycle de mort est sans fin.

« Ante / Post Christum natum » (« avant / après la naissance du Christ ») est un système de notation dans lequel on passe de l’an 1 a.C.n. à l’an 1 p.C.n. en zappant l’année zéro : pour le cercle vertueux d’une histoire linéaire qui échappe à un kharma sans fin ? Ce n’est pas nul, ça ! Bien joué…

Jésus a été un bâtard

Illustration : Het Zinneke, aussi appelé Zinneke-Pis ; cette « sculpture de rue » sise rue des Chartreux 35, au centre de Bruxelles, en écho au Manneken-Pis (qui pisse en continu depuis 1619, et son pendant féminin la Jeanneke-Pis, arrivée seulement en 1987).

En dialecte bruxellois, Zinneke désigne à la fois la petite Senne (la rivière qui contournait Bruxelles, plus modeste que la Senne parisienne) et un chien bâtard = un chien sans race ; terme devenu affectueux pour désigner quelqu’un de métissé culturellement.

Bâtard en France : terme ancien pour désigner un enfant né hors mariage (aujourd’hui devenu plutôt insultant) ; Half-caste dans l’héritage colonial anglais ; créole dans les îles.

« Un chercheur américain, Bruce Chilton, a proposé de voir en Jésus un mamzer, c’est-à-dire un bâtard, un impur. Ce statut a des conséquences juridiques sévères selon la loi juive. […] Séparation de la famille, célibat, compassion pour les marginaux, relativisation des règles de pureté : tout cela porte, à mon avis, les stigmates d’une enfance exposée au soupçon d’impureté et d’une volonté de transcender cette exclusion sociale. 

[…] Depuis cinquante ans, les historiens sont unanimes : l’intention de Jésus a été de réformer le judaïsme et non de fonder une nouvelle religion. […] Jésus, juif à 100 %, n’a jamais imaginé sortir du judaïsme – cela n’est pas dans son horizon de pensée, ni mentale ni religieuse – mais le mouvement issu de lui ne pouvait évoluer qu’ainsi. En ce sens, Jésus n’est donc pas étranger à la sortie progressive du judaïsme.   […] Combien ces juifs messianiques, affirmant que l’avenir d’Israël passait par le Christ, ont dû se montrer insupportables pour leurs coreligionnaires ! »

(Daniel Marguerat, exégèse (sérieux expert), interview à propos de son livre Vie et destin de Jésus de Nazareth,

https://www.mondedelabible.com/a-lire-vie-et-destin-de-jesus-de-nazareth-par-daniel-marguerat/).

Ce n’était pas mieux avant

Extraits de Michel Serres dans son essai ‘C’était mieux avant !’ :

« Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert.

Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas trop à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : “Grands Papas Ronchons” qui répètent que tout était mieux avant la paix, la longévité, les antalgiques, la Sécu, l’alimentation surveillée, l’hygiène et les soins palliatifs, ni service militaire ni peine de mort, les voyages, le travail allégé, les communications partagées…  […] Avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’État laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. »